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La fascisation, plus que rampante, des sociétés régies par le mode de production capitaliste trouve, bien sûr, l'une de ses expressions les plus visibles dans l'offensive médiatique de l'extrême droite, que beaucoup observent et dénoncent.
Mais, s'appuyant sur la critique catégorielle du capitalisme patriarcal qu'il défend, le collectif des Éditions Crise & Critique rapporte ces évolutions à la crise structurelle du rapport social capitaliste lui-même, dont l'ensauvagement à tous les niveaux de la vie sociale et la brutalisation des rapports humains constituent des manifestations intrinsèques. L'exacerbation de la concurrence dans le contexte de cette crise conduit à l'élimination de celles et ceux qui ne sont pas, ou plus suffisamment, rentables. Et nous le savons : ce n'est pas parce que nous sommes « petits » que nous échappons aux formes de vie imposées par le capitalisme. Le monde de l'édition et du livre traverse aujourd'hui une intensification de cette dynamique de crise, à l'instar de nombreux autres secteurs. En dernière instance, ce qui décide de la survie ou de la disparition des entreprises — qu'il s'agisse des empires de Bolloré, d'Amazon ou de notre propre maison d'édition —, ce sont les lois implacables de la concurrence, dans un capitalisme entré dans une phase de déchaînement de ses contradictions.
Tant que le livre demeure une valeur appelée à se réaliser sur le marché, les mêmes catégories gouvernent les grands groupes et leurs plus fervents détracteurs. Les uns disposent de davantage de capital ; les autres se contentent d'en subir les lois tout en les déplorant. Sur le marché il n’y a que gagnants et perdants, le capitalisme n’a aucun égard aux contenus sensibles. Dans ces conditions, la solidarité et l’entraide peuvent constituer une arme défensive importante.
Le fait est que Makassar, la structure capitaliste qui assurait jusqu'à présent la distribution de nos livres et, par l'intermédiaire de Hobo Diffusion, celle de nombreuses maisons d'édition de gauche, est en cessation de paiement, et dans les jours qui viennent en faillite. Elle nous doit 7400 euros. Nous ne les reverrons pas.
On nous objectera peut-être qu'il est paradoxal, pour une maison d'édition anticapitaliste, de dépendre d'une infrastructure capitaliste. L'objection est juste. Mais elle ne vaut pas seulement pour nous. Elle dit quelque chose de notre époque : après l'effondrement historique du mouvement révolutionnaire et de ses prétentions anticapitalistes, la critique du capital demeure enfermée dans les formes sociales qu'elle entend abolir. Tant qu'elle ne s'est pas donné les moyens symboliques et matériels de sa propre reproduction, elle reste condamnée à emprunter les médiations qu'elle critique.
Faute d'une réflexion collective suffisamment avancée dans le champ de l'édition « anticapitaliste », faute d'avoir commencé à construire collectivement les formes germinales antiéconomiques d'une nouvelle édition, d'une distribution et d'une diffusion affranchies des médiations capitalistes — argent, valeur, marchandise et travail —, nous continuons, comme tant d'autres, à dépendre des médiations et des infrastructures que nous critiquons. Nous n'y voyons ni une excuse ni une fatalité, mais le symptôme d'une défaite historique et théorique — celle d'un anticapitalisme qui n'a jamais véritablement rompu avec les catégories fondamentales du capital — dont il faudra bien tirer les conséquences.
En attendant, il faut traverser cette situation.
Le temps qu'un nouveau distributeur reprenne la diffusion en librairie (DOD & Cie), nous invitons toutes celles et tous ceux qui souhaitent que les Éditions Crise & Critique franchissent ce cap et poursuivent cette aventure intellectuelle et éditoriale à commander leurs livres directement sur notre site tout au long de l'été : Éditions Crise & Critique. Vous pouvez également souscrire dans les liens ci-dessous à nos offres d'abonnement (pour les ouvrages L'Incendie universel, Conflit par procuration, Du capitalisme, table rase et La Fin de la politique), participer à la souscription publique pour la parution, en 2027, du Livre noir du capitalisme de Robert Kurz ou, si vous en avez la possibilité, nous soutenir par un don via notre campagne HelloAsso.
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