Bibliographie générale de Roswitha Scholz : Articles, ouvrages et recueils 1992-2026

Cette bibliographie propose un panorama aussi complet que possible des ouvrages, articles, essais, contributions et entretiens de Roswitha Scholz, depuis ses premiers textes publiés au début des années 1990 jusqu’à ses travaux les plus récents. Elle permet de suivre, dans leur développement chronologique, les différentes étapes d’une œuvre théorique majeure de la critique de la valeur-dissociation.

Les textes sont présentés dans leur titre original allemand, accompagné, lorsqu’elle existe, de leur traduction française publiée ou d’une traduction indicative du titre. Chaque référence est complétée par ses informations bibliographiques essentielles — lieu de publication, revue ou ouvrage collectif, date — ainsi que, pour les textes les plus importants, d’une brève présentation de leur problématique et de leur apport théorique.

L’ensemble fait ainsi apparaître les principaux axes d’une œuvre qui, à partir de la critique des catégories fondamentales de la société capitaliste — valeur, marchandise, travail abstrait et argent —, a développé une théorie originale de l’articulation entre capitalisme et rapports de genre. La théorie de la valeur-dissociation, dont Scholz est la principale élaboratrice, constitue le fil directeur de ce parcours, tout en se déployant dans des domaines variés : féminisme, patriarcat, postmodernité, crise, racisme et antisémitisme, théorie de la classe, idéologies contemporaines, individualisation ou encore critique du queer et de l’intersectionnalité.

Cette bibliographie ne prétend pas seulement inventorier les publications de Roswitha Scholz. Elle entend également mettre en évidence la cohérence et l’évolution d’une trajectoire intellectuelle qui, pendant plus de trois décennies, cherche à renouveler radicalement la critique sociale et féministe en pensant ensemble la totalité historique du capitalisme et la spécificité irréductible des rapports de genre.

Appel à contributions pour la traduction des textes de Roswitha Scholz

Cette bibliographie met également en évidence un constat : une part importante de l’œuvre de Roswitha Scholz demeure encore inaccessible au lectorat francophone. Si plusieurs de ses textes fondamentaux ont déjà été traduits et publiés en français, de nombreux articles, essais et interventions — parfois essentiels pour comprendre le développement de la théorie de la valeur-dissociation — n’ont jamais fait l’objet d’une traduction.

Nous souhaitons donc faire de cette bibliographie non seulement un outil de connaissance et de recherche, mais aussi un point de départ pour un travail collectif de traduction et de diffusion.

Nous invitons ainsi toutes celles et tous ceux qui lisent l’allemand et souhaiteraient contribuer à la traduction de textes de Roswitha Scholz à nous rejoindre. Il peut s’agir de traduire un article dans son intégralité, de participer à un travail collectif de traduction, de relire et discuter une traduction en cours, ou encore de signaler des textes particulièrement importants qui mériteraient d’être rendus accessibles en français.

L’ambition est de contribuer, progressivement et collectivement, à combler une lacune importante dans la réception francophone de la critique de la valeur-dissociation, en permettant l’accès à une œuvre dont la richesse et la portée dépassent largement les textes aujourd’hui disponibles en français.

Les Editions Crise & Critique

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Articles - Bibliographie de Roswitha Scholz

1992

« Der Wert ist der Mann. Thesen zu Wertvergesellschaftung und Geschlechterverhältnis »
→ « La valeur, c’est l’homme. Thèses sur la socialisation par la valeur et les rapports de genre »
Krisis, n° 12, 1992. Traduit en français dans R. Scholz, Le Sexe du capitalisme, Albi, Crise & Critique, 2019.

Texte fondateur de toute l’œuvre théorique de Roswitha Scholz, « Der Wert ist der Mann » constitue la première formulation du théorème de la dissociation (Abspaltungstheorem), qui deviendra par la suite la théorie de la valeur-dissociation. Scholz y part d’un problème laissé largement irrésolu aussi bien par le marxisme traditionnel que par le féminisme marxiste : comment penser théoriquement le rapport entre la socialisation capitaliste fondée sur la valeur et les rapports hiérarchiques de genre, sans réduire l’un à un simple effet de l’autre.

Elle soutient que la valeur, le travail abstrait et la forme marchandise ne constituent pas des catégories neutres du point de vue du genre. La socialisation par la valeur est historiquement liée à une constitution masculine du sujet moderne, tandis que certaines activités, qualités et dimensions de la reproduction sociale, historiquement associées au féminin, sont rejetées hors de la logique propre de la valeur. Scholz cherche ainsi à dépasser la simple addition d’une critique du patriarcat à une critique du capitalisme : valeur et rapports de genre doivent être pensés comme des moments structurellement liés d’une même totalité sociale.

Dans une préface rétrospective de 2017, Scholz présentera elle-même ce texte comme une première approche, encore insuffisante et provisoire, de la théorie qu’elle développera ensuite de manière beaucoup plus complexe. Mais « Der Wert ist der Mann » demeure le point de départ décisif de la critique de la valeur-dissociation et de sa conception du patriarcat producteur de marchandises.

1994/1995

« Die Maske des Roten Todes. Kapitalismus, Frauenbewegung und Dekonstruktion »
→ « Le Masque de la Mort rouge. Capitalisme, mouvement des femmes et déconstruction »
Krisis, n° 15, 1994/1995.

Roswitha Scholz analyse les transformations du mouvement des femmes et de la théorie féministe au début des années 1990, à l’arrière-plan du « capitalisme de casino », de l’effondrement du bloc de l’Est et du triomphe apparemment sans partage du néolibéralisme. Elle s’intéresse en particulier à l’essor des théories de la déconstruction, notamment autour de Judith Butler, et à leur adéquation avec un contexte social marqué par la déréalisation, l’esthétisation et la dissolution des anciennes certitudes.

Scholz critique les limites d’une déconstruction qui tendrait à privilégier le discours, les signes, l’identité et la performativité, au détriment du corps, des conditions matérielles et de la constitution sociale objective des rapports de domination. Elle refuse cependant tout simple retour à une identité féminine substantielle : son enjeu est plutôt de penser dialectiquement les rapports entre différence sexuelle, constitution subjective et formes sociales historiques. Dans cette perspective, la critique féministe ne peut se limiter ni à la célébration postmoderne de la pluralité des identités ni à une politique abstraite de l’égalité.

Le rapprochement établi entre la déconstruction et le capitalisme de casino constitue l’un des aspects les plus originaux du texte : Scholz y voit, sur un plan phénoménologique, deux expressions contemporaines d’une même époque marquée par la volatilisation des anciennes médiations et par une apparente « domination des signes ». Le Masque de la Mort rouge apparaît ainsi comme une étape importante de sa critique du féminisme postmoderne et annonce plusieurs thèmes qui seront ensuite systématisés dans la théorie de la valeur-dissociation.

1995

« Die Metamorphosen des teutonischen Yuppie. Wohlstandschauvinismus, 90er-Jahre-Linke und kasinokapitalistischer Antisemitismus »
→ « Les Métamorphoses du yuppie teutonique. Chauvinisme de prospérité, gauche des années 1990 et antisémitisme du capitalisme de casino »
Krisis, n° 16/17, 1995.

Roswitha Scholz analyse les transformations idéologiques et subjectives de l’Allemagne des années 1980 et 1990 à l’arrière-plan de l’essor du capitalisme de casino et de la crise imminente de la société capitaliste. Elle s’intéresse à la métamorphose de l’individualisme consumériste et hédoniste de l’époque en formes de chauvinisme de prospérité, de ressentiment et de régression autoritaire.

L’un des axes centraux du texte est l’analyse du potentiel antisémite structurel qui accompagne cette évolution. Scholz montre comment une critique tronquée du capitalisme peut opposer une économie « réelle » supposément saine à la sphère abstraite de la finance et de la spéculation, ouvrant ainsi la voie à la personnification des rapports sociaux et à des projections antisémites. Elle critique également les formes d’aveuglement de la gauche des années 1990 — aussi bien certaines positions alt-marxistes que les courants hédonistes et postmodernes — face aux transformations idéologiques engendrées par la crise.

Le texte apparaît ainsi comme une analyse particulièrement précoce des liens entre crise du capitalisme, idéologie, antisémitisme et régression sociale, annonçant plusieurs thèmes que Scholz développera ultérieurement dans son analyse de la barbarisation postmoderne et des formes contemporaines d’autoritarisme.

1996

« Interview mit der Zeitschrift Karoshi – gender und wert… »
→ « Entretien avec la revue Karoshi — genre et valeur… »
Entretien réalisé en 1995 à Göttingen et publié en 1996 dans la revue Karoshi. Le texte est aujourd’hui repris sur EXIT!-online, avec la date 1er janvier 1996.

Entretien théorique dans lequel Roswitha Scholz explicite la genèse de la théorie de la valeur-dissociation et revient sur les principaux fondements de son élaboration. Elle y interroge les rapports entre genre et valeur et critique les limites d’une conception du capitalisme qui ferait du seul travail abstrait, de la forme-valeur ou de l’exploitation économique le principe explicatif ultime de la société moderne.

Scholz développe également sa critique du féminisme postmoderne, notamment de Judith Butler et des approches centrées sur la performativité et la déconstruction des identités. Elle insiste au contraire sur la nécessité de rapporter les rapports de genre à la totalité sociale capitaliste-patriarcale : la production de valeur présuppose une sphère dissociée, historiquement associée au féminin, comprenant notamment les activités de reproduction, de soins et de prise en charge. L’entretien offre ainsi une présentation particulièrement éclairante et accessible des principaux concepts de la théorie de la valeur-dissociation et de sa critique simultanée du marxisme traditionnel et du féminisme postmoderne.

1997/1998

« Die Verwilderung des Patriarchats in der Postmoderne »
→ « La Barbarisation du patriarcat dans la postmodernité »
Psychologie & Gesellschaftskritik, 1997 ; version remaniée dans Krisis, n° 21/22, 1998.

Roswitha Scholz analyse les transformations du patriarcat dans la postmodernité et développe la thèse de sa « barbarisation » (Verwilderung). Elle conteste l’idée selon laquelle l’émancipation juridique et l’intégration croissante des femmes dans le travail salarié auraient entraîné un dépérissement progressif de la domination patriarcale. Les formes traditionnelles du patriarcat peuvent certes se désagréger, mais cette désagrégation ne signifie nullement leur dépassement.

Scholz montre au contraire que la crise et la décomposition des anciennes structures sociales peuvent engendrer des formes nouvelles, plus brutales et plus précaires de domination patriarcale. La dissolution de la famille traditionnelle, l’érosion des médiations sociales et la généralisation de la précarité s’accompagnent ainsi d’une recomposition contradictoire des rapports de genre, marquée par la violence, l’exclusion et la désorganisation des conditions de la reproduction sociale. Ce texte constitue une étape essentielle dans l’élaboration de la théorie de la valeur-dissociation, en montrant que la crise du patriarcat moderne ne débouche pas spontanément sur son abolition, mais peut au contraire prendre la forme de sa barbarisation.

1999

« Die Müßiggängerinnen schiebt beiseite! Zum Verhältnis von Geschlecht und Arbeit im Feminismus »
→ « Écartez les femmes oisives ! Sur le rapport entre genre et travail dans le féminisme »
dans Robert Kurz, Ernst Lohoff et Norbert Trenkle (dir.), Feierabend! Elf Attacken gegen die Arbeit, Hambourg, Konkret Literatur Verlag, 1999

Roswitha Scholz interroge de manière critique le rapport entre féminisme et travail. Elle s’attaque à une tendance profondément ancrée dans une partie du féminisme, notamment marxiste, qui fait de l’intégration des femmes au travail salarié et de leur participation à la sphère productive la condition centrale de leur émancipation.

Du point de vue de la future théorie de la valeur-dissociation, Scholz critique cette valorisation du travail et montre que l’accès des femmes à la sphère du travail abstrait ne signifie pas, en lui-même, la disparition de la domination patriarcale. La société capitaliste repose au contraire sur une séparation structurelle entre la sphère de la valeur, du travail et de la production marchande, historiquement codée comme masculine, et les activités de reproduction sociale, de soins et de prise en charge, largement assignées au féminin et dévalorisées. Scholz plaide ainsi pour une émancipation qui ne se réduise pas à la conquête d’une place égale dans la société du travail, mais implique la critique et le dépassement du travail abstrait lui-même ainsi que des rapports sociaux de genre qui lui sont historiquement liés.

1999

« Wert und Geschlechterverhältnis »
→ « Valeur et rapports de genre »
Streifzüge, n° 2, 1999.

Roswitha Scholz systématise la théorie de la valeur-dissociation en s’attaquant à une limite centrale des débats marxistes et marxistes-féministes : la tendance à considérer la valeur comme une catégorie neutre du point de vue du genre, tandis que les rapports hiérarchiques entre les sexes ne seraient qu’un phénomène secondaire ou parallèle. Scholz propose au contraire de penser valeur et rapports de genre au même niveau d’abstraction, comme les deux moments dialectiquement médiatisés d’un même rapport social.

La société capitaliste moderne ne peut ainsi être comprise à partir de la seule production de marchandises et du travail abstrait. La constitution de la valeur présuppose simultanément la dissociation d’activités, de qualités et de sphères historiquement associées au féminin — notamment la reproduction, les soins et l’affectivité —, qui constituent une condition indispensable mais dévalorisée de la reproduction sociale. Contre les conceptions qui font des rapports de genre un simple vestige précapitaliste ou un « sous-produit » de l’économie, Scholz affirme ainsi que le patriarcat producteur de marchandises constitue une forme historique spécifique, dont la valeur-dissociation représente le principe structurel fondamental.

2004

« Neue Gesellschaftskritik und das Problem der Differenzen »
→ « Nouvelle critique de la société et le problème des différences »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 1, 2004. Traduit en français dans R. Scholz, Le Sexe du capitalisme, Albi, Crise & Critique, 2019.

Roswitha Scholz aborde le problème des différences — de « race », de classe, de genre, d’identité et de culture — à partir des transformations sociales liées à la mondialisation et à la crise de la société du travail. Elle cherche à dépasser l’alternative entre, d’un côté, une conception abstraite de la totalité qui écraserait les différences et, de l’autre, un relativisme postmoderne qui juxtaposerait les identités et rendrait impossible toute théorie générale de la société.

Du point de vue de la théorie de la valeur-dissociation, Scholz défend la nécessité de penser les différentes formes de domination et de discrimination comme des médiations au sein d’une totalité sociale concrète et contradictoire. Sans nier la pluralité des expériences et des situations — notamment les identités « hybrides » ou les processus d’individualisation —, elle critique les approches qui renoncent à saisir leur constitution sociale commune. Le texte constitue ainsi une étape importante dans l’élaboration d’une critique de la société capable d’articuler « race », classe, genre et individualisation postmoderne sans les réduire les uns aux autres.

2005

« Der Mai ist gekommen. Ideologische Verarbeitungsmuster der Krise in wertkritischen Kontexten »
→ « Le mois de mai est arrivé. Modes de traitement idéologique de la crise dans les contextes de la critique de la valeur »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 2, 2005.

Dans ce texte d’autocritique théorique, Roswitha Scholz examine la manière dont la crise de la société capitaliste est elle-même « traitée » et transformée en idéologie au sein des milieux de la critique de la valeur. Elle montre que ces derniers ne sont nullement immunisés contre les tendances régressives qu’ils analysent : à mesure que les concepts de la critique de la valeur se diffusent et se banalisent, ils peuvent faire l’objet de réceptions superficielles et perdre leur portée radicale.

Scholz critique notamment le recours à une politique de la « préoccupation », à un retour acritique vers le quotidien et à certaines formes de populisme de gauche. Selon elle, ces orientations tendent à faire passer des intérêts et des expériences immédiates pour des intérêts universels, détournant ainsi l’attention de la critique des catégories sociales elles-mêmes — travail, valeur, marchandise et argent — dont la crise historique commence précisément à révéler les limites. Le texte constitue ainsi une réflexion importante sur les formes idéologiques de gestion de la crise, y compris au sein de la critique radicale du capitalisme elle-même.

2006

« Die Rückkehr des Jorge. Anmerkungen zur “Christianisierung” des postmodernen Zeitgeistes und dessen dezisionistisch-autoritärer Wende »
→ « Le Retour de Jorge. Remarques sur la “christianisation” de l'esprit du temps postmoderne et son tournant décisionniste-autoritaire »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 3, 2006.

Dans ce texte, Roswitha Scholz analyse la « christianisation » du Zeitgeist postmoderne et le tournant décisionniste et autoritaire qui accompagne, selon elle, l’épuisement des paradigmes postmodernes. Le « Jorge » auquel renvoie le titre est Jorge de Burgos, le personnage du Nom de la rose d’Umberto Eco. Scholz analyse ainsi le retour du religieux, de l’autorité et du décisionnisme après la phase de déconstruction postmoderne, notamment à travers le regain de références théologiques et religieuses dans certains courants philosophiques contemporains.

Elle montre comment la dissolution des anciennes médiations et certitudes peut, dans le contexte de la crise sociale, se retourner en quête de certitude, d’autorité et de décision souveraine. L’indétermination et le relativisme caractéristiques de la postmodernité peuvent ainsi favoriser une dynamique de régression idéologique, dans laquelle la critique et la réflexion sont remplacées par une fausse immédiateté et par des réponses autoritaires aux contradictions croissantes de la société capitaliste. Ce texte anticipe ainsi certaines analyses ultérieures de Scholz et d’EXIT! sur la montée de l’autoritarisme dans le capitalisme en crise.

2007

« Homo Sacer und die “Zigeuner”. Antiziganismus – Überlegungen zu einer wesentlichen und deshalb “vergessenen” Variante des modernen Rassismus »
→ « Homo sacer et les “Tsiganes”. L'antitsiganisme — réflexions sur une variante essentielle et, pour cette raison, “oubliée” du racisme moderne »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 4, 2007. Traduit en français dans Roswitha Scholz, Homo sacer et les « Tsiganes ». L’antitsiganisme – Réflexions sur une variante essentielle et donc « oubliée » du racisme moderne, Albi, Crise & Critique, 2025.

Roswitha Scholz analyse l’antitsiganisme comme une forme spécifique et pourtant largement oubliée du racisme moderne. Mobilisant notamment la catégorie d’Homo sacer de Giorgio Agamben, elle avance la thèse selon laquelle la figure construite du « Tsigane » constitue, dans la modernité capitaliste, l’Homo sacer par excellence : l’être placé à la frontière de la loi et de la société, simultanément inclus et exclu, dont la persécution révèle une dimension fondamentale de la constitution sociale moderne.

Scholz montre que l’exclusion et la romantisation du « Tsigane » ne sont pas contradictoires, mais constituent les deux faces d’un même imaginaire raciste. Historiquement associé à l’errance, à l’« asocialité » et au refus supposé de la société du travail, il devient la figure sur laquelle se projette la peur du déclassement et de la chute sociale propre au capitalisme. L’analyse de l’antitsiganisme permet ainsi à Scholz de mettre au jour les processus d’inclusion et d’exclusion constitutifs de la modernité, tout en soulignant l’articulation complexe entre racisme, antisémitisme, rapports de genre et patriarcat producteur de marchandises.

2008

« Überflüssigsein und “Mittelschichtsangst”. Das Phänomen der Exklusion und die soziale Stratifikation im Kapitalismus »
→ « Être superflu et “angoisse des classes moyennes”. Le phénomène de l'exclusion et la stratification sociale dans le capitalisme »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 5, 2008.

Dans ce texte, Roswitha Scholz analyse la montée de l’exclusion sociale dans le contexte de la crise de la société du travail et de l’« effondrement de la modernisation ». Elle montre que la production croissante d’individus et de groupes devenus « superflus » pour la valorisation du capital ne constitue pas un phénomène marginal ou extérieur au capitalisme, mais tend à devenir une détermination structurelle de sa crise. Parallèlement, elle examine l’angoisse des classes moyennes, confrontées au déclassement et à la perte de leur position sociale.

Contre une lecture traditionnelle qui ramènerait les antagonismes sociaux à une simple opposition entre classes, Scholz propose ainsi une analyse de la stratification sociale attentive aux nouvelles formes de précarisation, de dégradation et d’exclusion. Ces processus annoncent les réflexions qu’elle développera plus tard sur le déclassement et la crise du concept traditionnel de classe, notamment dans « It’s the class, stupid!? ».

2009

« Gesellschaftliche Form und konkrete Totalität. Zur Dringlichkeit eines dialektischen Realismus heute »
→ « Forme sociale et totalité concrète. De l'urgence d'un réalisme dialectique aujourd'hui »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 6, 2009. Traduit en français aux Editions Crise & Critique, en 2024.

Dans ce texte théorique, Roswitha Scholz réinterroge la notion de totalité concrète et défend la nécessité d’un réalisme dialectique capable d’articuler la critique des formes sociales fondamentales du capitalisme à l’analyse des réalités historiques et empiriques. Contre une critique de la valeur qui se contenterait de déduire abstraitement les phénomènes concrets de la forme-valeur, mais également contre le positivisme qui juxtapose les faits sans saisir leurs médiations sociales, elle cherche à penser l’unité contradictoire entre forme sociale abstraite et développement historique concret.

S’appuyant notamment sur Georg Lukács, Theodor W. Adorno et Moishe Postone, Scholz développe une conception de la totalité qui ne doit ni écraser les différences ni renoncer à la possibilité de penser la société comme ensemble. Elle critique ainsi les différentes formes de « fausse immédiateté », qu’elles prennent la forme du retour au marxisme traditionnel et à la centralité de la classe, ou de l’abandon postmoderne de la dialectique et de la totalité. Dans le contexte de l’effondrement de la modernisation, elle plaide finalement pour un réalisme dialectique attentif à la primauté de l’objet et aux transformations concrètes de la réalité sociale, afin de penser la crise du capitalisme sans retomber dans les schématismes traditionnels.

2010

« Ohne meinen Alltours sag ich nichts. Postmodern(-männliche) Identität zwischen Differenzierungswahn und vulgärmarxistischer Theorie-Versicherung »
→ « Sans mon Alltours, je ne dis rien. L'identité postmoderne (masculine) entre manie de la différenciation et assurance théorique marxiste-vulgaire »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 7, 2010.

Dans cette longue réponse aux critiques adressées à la théorie de la valeur-dissociation, Roswitha Scholz s’en prend à deux tendances opposées qu’elle juge également incapables de penser adéquatement la totalité sociale : d’un côté, l’obsession postmoderne de la différenciation, des identités et des particularités ; de l’autre, le retour à un marxisme vulgaire qui cherche dans les catégories traditionnelles de classe et de travail une assurance théorique contre les incertitudes de la crise.

Scholz critique notamment certaines formes d’identité postmoderne masculine, caractérisées par une multiplication indéfinie des distinctions et des positionnements particuliers, sans pour autant parvenir à dépasser le cadre social qui les produit. À l’inverse, elle refuse tout retour à une théorie sociale qui réduirait les rapports de domination à l’économie ou à la lutte des classes. Elle défend ainsi la nécessité de penser ensemble totalité et différence, abstraction et concrétude, à partir de la théorie de la valeur-dissociation, conçue comme une critique de la constitution fétichiste et historiquement spécifique de la société capitaliste-patriarcale.

2011

« Simone de Beauvoir heute. Kritische Anmerkungen zu einer Klassikerin des Feminismus »
→ « Simone de Beauvoir aujourd’hui. Quelques annotations critiques à propos d’une auteure classique du féminisme »

Le texte est issu d’une communication prononcée le 10 novembre 2011 à Francfort, à l’Institut für vergleichende Irrelevanz. Traduction française chez Bord de l’eau, en 2014.

Dans ce texte, Roswitha Scholz revient de manière critique sur l’œuvre de Simone de Beauvoir, dont elle reconnaît l’importance fondatrice pour le féminisme moderne. Elle confronte notamment la problématique beauvoirienne de la femme comme « Autre » à la théorie de la valeur-dissociation, soulignant les limites d’une conception qui ne permet pas encore de saisir pleinement la constitution historique spécifique du patriarcat producteur de marchandises.

2011

« Das Abstraktionstabu im Feminismus. Wie das Allgemeine des warenproduzierenden Patriarchats vergessen wird »
→ « Le tabou de l'abstraction dans le féminisme. Comment est oublié l'universel du patriarcat producteur de marchandises »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 8, 2011. Traduit en français dans R. Scholz, Le Sexe du capitalisme, Albi, Crise & Critique, 2019.

Dans ce texte théorique majeur, Roswitha Scholz critique ce qu’elle appelle le « tabou de l’abstraction » dans le féminisme. Elle reproche à une grande partie de la théorie féministe contemporaine — notamment aux approches poststructuralistes, queer et intersectionnelles — de privilégier les différences, les identités, les particularités et les positions situées, au point de renoncer à penser le rapport social général qui structure ces différences.

Contre ce relativisme, Scholz défend la nécessité de saisir le rapport hiérarchique entre les genres comme une détermination fondamentale de la société moderne. Selon la théorie de la valeur-dissociation, la valeur et le travail abstrait constituent une face du patriarcat producteur de marchandises, tandis que les activités et qualités historiquement associées au féminin — reproduction, soins, affectivité, sollicitude — en constituent l’envers dissocié. Sans nier la diversité des situations concrètes ni les formes multiples de domination, Scholz affirme ainsi qu’il est nécessaire de penser la totalité sociale capitaliste-patriarcale pour comprendre historiquement l’articulation entre genre, classe, racisme, antisémitisme et autres rapports sociaux.

2012

« Die Bedeutung Adornos für den Feminismus heute. Rückblick und Ausblick auf eine widersprüchliche Rezeption »
→ « L'importance d'Adorno pour le féminisme aujourd'hui. Retour sur une réception contradictoire et perspectives »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 10, 2012. Traduit en français dans R. Scholz, Le Sexe du capitalisme, Albi, Crise & Critique, 2019.

Dans ce texte, Roswitha Scholz revient sur la réception contradictoire d’Adorno et de la théorie critique dans le féminisme. Elle montre que les féministes qui se sont inspirées de l’École de Francfort ont souvent privilégié certains aspects de sa pensée — notamment la critique de la raison instrumentale, de la domination et de l’identité — sans toujours saisir la portée de la critique de la forme sociale et du fétichisme qui en constitue l’arrière-plan.

À partir de la théorie de la valeur-dissociation, Scholz entend ainsi réévaluer l’actualité d’Adorno pour le féminisme contemporain. Elle insiste sur la nécessité d’articuler la critique de l’identité, de la dialectique des Lumières et de la domination à une analyse des formes sociales fondamentales du patriarcat producteur de marchandises. Le texte défend ainsi une lecture d’Adorno capable de penser conjointement la totalité sociale, les rapports de genre et les contradictions historiques de la modernité, contre les approches qui isolent les différences et les rapports de domination de leur constitution sociale globale.

2013

« Feminismus – Kapitalismus – Ökonomie – Krise. Wert-Abspaltungstheoretische Einwände gegenüber einigen Ansätzen feministischer Ökonomiekritik heute »
→ « Féminisme — capitalisme — économie — crise. Objections fondées sur la théorie de la dissociation-valeur à certaines approches actuelles de la critique féministe de l'économie »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 11, 2013. Traduit en français dans R. Scholz, Le Sexe du capitalisme, Albi, Crise & Critique, 2019.

Roswitha Scholz intervient dans les débats sur la critique féministe de l’économie politique après la crise de 2008. Elle considère le retour des catégories de production et de reproduction comme nécessaire, mais insuffisant : il faut comprendre leur articulation à la forme-valeur et à la dissociation.

Du point de vue de la théorie de la valeur-dissociation, Scholz confronte ainsi les principales approches contemporaines de la critique féministe de l’économie et leur reproche de continuer souvent à penser l’émancipation à partir des seules catégories de travail, d’économie et de production, sans remettre suffisamment en cause leur caractère historiquement spécifique au capitalisme. La valeur, le travail abstrait et la dissociation sexuelle doivent au contraire être compris comme des moments interdépendants d’une même totalité sociale. Elle plaide ainsi pour une critique radicale du patriarcat producteur de marchandises et de ses catégories fondamentales.

2016

« Christoph Kolumbus forever? Zur Kritik heutiger Landnahme-Theorien vor dem Hintergrund des „Kollaps der Modernisierung“ »
→ « Christophe Colomb pour toujours ? Critique des théories contemporaines de l’accaparement/appropriation territoriale à l’arrière-plan de l’“effondrement de la modernisation” »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 13, 2016. Traduit en français dans R. Scholz, Le Sexe du capitalisme, Albi, Crise & Critique, 2019

Dans cet important texte consacré aux théories contemporaines de la Landnahme (« accaparement » ou « appropriation territoriale »), Roswitha Scholz critique notamment l’idée selon laquelle le capitalisme aurait nécessairement besoin d’un « extérieur » à conquérir pour assurer sa reproduction. Face aux théories de la « nouvelle Landnahme » et de l’accumulation primitive permanente, elle réaffirme, dans le cadre de la critique de la valeur-dissociation, la dynamique interne du capital comme « contradiction en procès » et replace les phénomènes contemporains d’expropriation, d’exclusion et de barbarisation dans le contexte de la crise historique et de l’« effondrement de la modernisation ».

2018

« It’s the class, stupid!? Deklassierung, Degradierung und die Renaissance des Klassenbegriffs »
→ « C’est la classe, idiot !? Déclassement, dégradation et renaissance du concept de classe »
dans Bruch mit der Form, 2018. Il a ensuite été mis en ligne sur EXIT!-online le 26 août 2020.

Dans ce texte, Roswitha Scholz interroge le retour en force du concept de « classe » dans les débats sociaux et politiques après la crise de 2008. Depuis la perspective de la critique de la valeur-dissociation, elle critique les tentatives de réduire les formes contemporaines d’inégalité, de domination et d’exclusion à une opposition de classes, et analyse plutôt les processus de déclassement, de dégradation, d’exclusion et de production d’êtres « superflus » dans le contexte de la crise de la société du travail.

2018

« Das Ende der Postmoderne und der Aufstieg neuer (Pseudo-)Realismen »
→ « La fin de la postmodernité et l'essor de nouveaux (pseudo-)réalismes »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 15, 2018.

Roswitha Scholz analyse la fin du paradigme postmoderne et l’apparition de nouveaux courants et discours qui revendiquent le réel, le concret, la vérité, le matérialisme, voire, dans l’espace politique, le peuple et l’identité. Elle examine plus particulièrement le nouveau réalisme, le réalisme spéculatif et l’accélérationnisme. Tout en reconnaissant leur rupture avec certains excès du déconstructionnisme, elle refuse d’y voir un simple retour à la modernité : ces nouveaux « réalismes » sont eux-mêmes des produits de la crise de la société capitaliste. Du point de vue de la critique de la valeur-dissociation, Scholz leur reproche surtout de laisser dans l’ombre la constitution fétichiste de la socialisation capitaliste-patriarcale et de retomber, sous différentes formes, dans le positivisme, le rationalisme abstrait, l’idéologie du progrès ou l’irrationalisme.

2020/2021

« Frauenkampf = Klassenkampf als Antwort auf die fundamentale Krise? Geschlecht wieder einmal als Nebenwiderspruch!? Eine Kritik des Manifests “Feminismus für die 99%” »
→ « Lutte des femmes = lutte des classes comme réponse à la crise fondamentale ? Le genre, une fois de plus une contradiction secondaire !? Une critique du Manifeste “Féminisme pour les 99 %” »
Initialement prévu pour exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 18, le texte a finalement été publié uniquement en ligne, faute de place.

Dans ce texte, Roswitha Scholz critique sévèrement le manifeste Féminisme pour les 99 % de Cinzia Arruzza, Tithi Bhattacharya et Nancy Fraser, qu’elle considère comme l’expression d’un retour du féminisme vers un marxisme centré sur la classe, le travail et le capitalisme conçu de manière androcentrée. Son objection centrale est que, malgré la volonté affichée d’articuler classe, genre et « race », cette perspective risque de reconduire la vieille hiérarchie entre contradiction principale et contradiction secondaire, en faisant du genre — mais aussi d’autres formes de domination telles que le racisme — un simple effet ou appendice du rapport de classe.

À cette réduction, Scholz oppose la théorie de la valeur-dissociation, selon laquelle la critique du capitalisme doit également être une critique de l’ontologie du travail et du patriarcat producteur de marchandises. La valeur et le travail abstrait ne constituent pas, à eux seuls, le principe explicatif de la société moderne : ils présupposent la dissociation d’activités, de qualités et de sphères historiquement associées au féminin et dévalorisées. Classe et genre doivent ainsi être pensés comme des formes médiatisées au sein d’une même totalité sociale contradictoire, dont la dissociation-valeur constitue une détermination fondamentale, sans que les différentes formes de domination puissent être simplement dissoutes dans un unique « antagonisme de classe ».

2023

« Der Wert und die ›Anderen‹: Wert-abspaltungs-kritische Korrekturen an der Theorie Moishe Postones »
→  « La valeur et les “Autres”. Corrections, du point de vue de la critique de la valeur-dissociation, à la théorie de Moishe Postone »

Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 20, 2023 ; En espagnol dans Bajo el Volcán – Revista del Posgrado de Sociología, année 2, n° 4, Puebla (Mexique), 2021.

Roswitha Scholz engage une discussion critique avec la théorie de Moishe Postone, dont elle reconnaît l’apport décisif à une critique du capitalisme centrée sur les catégories historiquement spécifiques de travail abstrait, de valeur et de fétichisme. Elle met cependant en évidence deux limites fondamentales de cette théorie : l’absence d’une véritable théorie de la crise et le maintien d’une perspective largement androcentrée.

2024

« Entfremdung heute: Eine Kritik der Entfremdungs-Konzeptionen von Rahel Jaeggi und Hartmut Rosa aus wert-abspaltungs-kritischer Sicht »
→ « L’aliénation aujourd’hui. Une critique des conceptions de l’aliénation de Rahel Jaeggi et Hartmut Rosa du point de vue de la critique de la valeur-dissociation »

Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 21, 2024.

Dans ce texte, Roswitha Scholz examine de manière critique les conceptions contemporaines de l’aliénation développées par Rahel Jaeggi et Hartmut Rosa, aujourd’hui parmi les principaux théoriciens de cette question dans l’espace germanophone. Dans le contexte des crises contemporaines — crise financière, crise écologique, pandémie, guerre et montée de nouveaux sentiments d’impuissance —, elle interroge le retour de l’aliénation comme catégorie centrale de la critique sociale.

Scholz reproche à ces théories de saisir avant tout l’aliénation comme une forme problématique de rapport entre le sujet et le monde, sans rapporter suffisamment celle-ci à la constitution fétichiste de la société capitaliste-patriarcale et à sa crise historique. Elle soumet ainsi à une critique particulière la théorie de la « résonance » de Hartmut Rosa et entend montrer que l’aliénation ne peut être dépassée par la seule transformation subjective ou qualitative des « rapports au monde » : elle doit être comprise à partir des médiations sociales objectives de la valeur, du travail abstrait et de la dissociation.

2024

« Eine Metatheorie der Verschwörungstheorien? Eine Replik auf Sandrine Aumerciers Überlegungen zur Auseinandersetzung um Corona »
→ « Une métathéorie des théories du complot ? Une réponse aux réflexions de Sandrine Aumercier sur les controverses autour du Covid »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 21, 2024

Dans ce texte de polémique théorique, Roswitha Scholz répond à l’article de Sandrine Aumercier consacré aux controverses qui ont traversé la critique de la valeur autour de la pandémie de Covid-19. Elle lui reproche notamment de ne pas prendre suffisamment en considération le contenu effectif des conflits intervenus au sein d’exit! ainsi que les critiques formulées à l’encontre d’Andreas Urban, F. Alexander von Uhnrast et Anselm Jappe.

À travers cette controverse, Scholz interroge également la possibilité même d’une « métathéorie des théories du complot » : elle conteste les approches qui, au nom d’un niveau d’abstraction théorique trop général, risquent de neutraliser l’examen concret des positions, des discours et des formes idéologiques en conflit. Le texte constitue ainsi une intervention dans les débats qui ont opposé différents courants issus de la critique de la valeur et de la critique de la valeur-dissociation autour du Covid, de l’interprétation de la crise et des formes contemporaines de pensée complotiste.

2024

« Wertkritik nach Altherrenart. Bemerkungen zum Linkskonservativismus Anselm Jappes »
→ « La critique de la valeur à la manière des vieux messieurs. Remarques sur le conservatisme de gauche d’Anselm Jappe »
publié sur EXIT!-online le 14 décembre 2024.

Dans ce texte polémique, Roswitha Scholz engage une critique frontale des évolutions récentes de la pensée d’Anselm Jappe, qu’elle accuse de s’éloigner des acquis fondamentaux de la critique de la valeur. Elle lui reproche notamment une tendance à la personnalisation de la critique du capitalisme, une certaine proximité avec des formes de pensée complotiste, ainsi qu’un retour à des conceptions anthropologiques et ontologiques qu’elle juge incompatibles avec une critique radicale des formes sociales modernes.

Du point de vue de la critique de la valeur-dissociation, Scholz conteste également la manière dont Jappe minimise ou méconnaît, selon elle, les développements théoriques intervenus depuis la naissance de la Wertkritik, et en particulier l’importance de la dissociation sexuelle comme détermination constitutive de la société capitaliste. Elle critique son « écologisme réducteur », ses tendances à l’agrarisme romantique, son rapport ambigu à l’universalisme et son retour à une critique abstraite, insuffisamment attentive aux questions du sexisme, du racisme et de l’antisémitisme. À travers la polémique avec Jappe, Scholz défend ainsi une conception de la critique sociale capable de penser ensemble la crise de la modernité, la forme-valeur, la dissociation et les multiples formes concrètes de domination et de régression qui caractérisent le capitalisme contemporain.

2025

« Intersektionalität und Diversität in der altlinken Sackgasse. Eine Auseinandersetzung mit den Ansätzen von Eleonora Roldán Mendívil/Bafta Sarbo und Karin Stögner »
→ « Intersectionnalité et diversité dans l’impasse de la vieille gauche. Une discussion critique des approches d’Eleonora Roldán Mendívil/Bafta Sarbo et de Karin Stögner »
exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 22, 2025.

Dans ce texte important, Roswitha Scholz confronte la théorie de la valeur-dissociation à deux approches contemporaines des rapports entre « race », classe et genre : la théorie de la « diversité de l’exploitation » d’Eleonora Roldán Mendívil et Bafta Sarbo, et les réflexions de Karin Stögner sur l’idéologie et l’intersectionnalité. Elle examine leurs différences, notamment sur la question de l’antisémitisme et du conflit israélo-palestinien, mais aussi certaines de leurs limites théoriques communes.

Scholz critique en particulier les conceptions qui tendent soit à ramener les différentes formes de domination à la catégorie de classe, soit à juxtaposer des discriminations et des identités sans parvenir à les rapporter à une théorie de la totalité sociale. À l’encontre d’une intersectionnalité devenue, selon elle, trop souvent descriptive et fragmentaire, mais également contre le retour d’un marxisme traditionnel fondé sur le fétichisme du travail et la lutte des classes, elle défend une théorie capable de penser conjointement « race », classe et genre à partir de la constitution fétichiste et contradictoire de la société capitaliste-patriarcale.

2026

« Zwangs-Heterosexualität und Queer im kapitalistischen Patriarchat. Wert-abspaltungskritische Anmerkungen zu einer schon lange währenden Diskussion »
→ « Hétérosexualité contrainte et queer dans le patriarcat capitaliste. Remarques relevant de la critique de la valeur-dissociation sur une discussion qui dure depuis longtemps »
Exit! – Krise und Kritik der Warengesellschaft, n° 23, 2026

Dans ce texte, Roswitha Scholz reprend la longue discussion autour de l’hétérosexualité contrainte, de la théorie queer et des rapports entre sexe, genre et sexualité à partir de la perspective de la critique de la valeur-dissociation. Elle critique à la fois les approches qui réduisent ces questions à de simples déterminations « matérialistes » ou sociales et certaines formes de déconstruction radicale qui tendent à dissoudre la dimension corporelle et la différence sexuelle dans la seule performativité.

Scholz défend au contraire une approche dialectique articulant sexe et genre, nature et culture, corps et socialisation, tout en rapportant les formes historiquement constituées de l’hétérosexualité et de l’homosexualité au cadre plus général du patriarcat capitaliste. Elle souligne ainsi que l’émancipation ne saurait consister dans la simple affirmation d’identités fixes ou dans leur multiplication indéfinie, mais suppose une transformation des rapports sociaux qui produisent et contraignent les identités et les normes sexuelles elles-mêmes. Dans cette perspective, Scholz envisage le dépassement des formes de sexualité contrainte au profit de la reconnaissance d’une sexualité polymorphe, dans une société affranchie des catégories et des divisions propres au patriarcat producteur de marchandises.

Ouvrages et recueils en allemand de Roswitha Scholz

2000

Das Geschlecht des Kapitalismus. Feministische Theorie und die postmoderne Metamorphose des Patriarchats

Le Sexe du capitalisme. Théorie féministe et métamorphose postmoderne du patriarcat, Horlemann, 2000.

Son premier grand ouvrage théorique, consacré à l’élaboration de la théorie de la valeur-dissociation et à la critique féministe du patriarcat producteur de marchandises.

2005

Differenzen der Krise – Krise der Differenzen. Die neue Gesellschaftskritik im globalen Zeitalter und der Zusammenhang von „Rasse“, Klasse, Geschlecht und postmoderner Individualisierung

Différences de la crise – crise des différences. La nouvelle critique sociale à l’époque globale et le rapport entre « race », classe, genre et individualisation postmoderne, Horlemann, 2005.

Un ouvrage important sur l’articulation entre classe, racisme, genre, individualisation et totalité sociale dans le contexte de la crise de la modernisation.

2025

Back to the roots? Zur Regression marxistisch-feministischer Theoriebildung heute. Texte aus 30 Jahren

Retour aux sources ? Sur la régression de la formation théorique marxiste-féministe aujourd’hui. Textes de trente années, zu Klampen, 2025, 334 p.

C’est son plus récent grand recueil allemand, rassemblant des textes sur le féminisme marxiste, la classe, l’intersectionnalité, le queer, le racisme, l’antisémitisme et la théorie de la valeur-dissociation.

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