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A propos de Empire

 Le monde en crise comme disneyland de la « multitude »

Critique de Michael Hardt et Toni Negri

*

 par Robert Kurz 

   On retrouvera dans l'article de Robert Kurz ci-dessous, une critique sans appel d'une des jobardises les plus à la mode dans les années 2000, Empire de Michael Hardt et de Toni Negri, qui se réduisit pour l'essentiel à une tentative de relookage du marxisme traditionnel.  Hier comme aujourd'hui, il n'y a pas que l’interprétation (post-)opéraïste, à nouveau très en vogue, qui pense que la crise aurait été déclenchée par un « assaut de la classe ouvrière » contre le capital (Hardt et Negri, 2000). 

   Cet article est différent de celui, du même auteur, paru dans le recueil Les Habits neufs de l'Empire : Remarques sur Negri, Hardt, Ruffin, Lignes, 2003, sous le titre « L'Empire et ses théoriciens. Métamorphose du système-monde et crise de la critique sociale ». Recueil qui comporte également un article d'Anselm Jappe « Les habits neufs du marxisme traditionnel ». 

A propos de Empire.

Le monde en crise comme disneyland de la « multitude »

   Le problème de l'enfermement de la critique sociale dans les catégories de l'ontologie capitaliste se résout d'autant moins bien que les idées du marxisme traditionnel sont affublées des oripeaux de la postmodernité. Dix ans après le livre de Rufin, L'Empire et les nouveaux barbares, Michael Hardt et Antonio Negri ont publié Empire, leur opus magnum qui prétend décrire le « nouvel ordre du monde » et son dépassement futur dans le cadre d'une vaste théorie de l'histoire de la modernité (et de façon plus générale, de son développement). Bien que les auteurs marchent largement sur les traces de Rufin, jusqu'à lui emprunter la référence à Polybe, celui-ci n'est ni cité ni même signalé par eux dans leur bibliographie. Et pourtant il s'agirait, dans la perspective d'une reformulation d'une théorie sociale émancipatrice, non pas d'emprunter – en catimini – des éléments à Rufin, maïs d'opérer la critique immanente de son argumentation pour faire un pas décisif au-delà. Hardt/Negri n'y parviennent pas, ne serait-ce que parce qu'ils ne peuvent pas, pas plus que Rufin, conceptualiser de façon satisfaisante les fondements de la société capitaliste et de ses conséquences. Pour eux, la forme marchande totalitaire de reproduction sociale (le problème de l’« enveloppement économique » chez Rufin) va de soi, au point qu'il n'est pas même évoqué comme concept à mettre en cause. Les catégories du système de production marchande telles que Marx les a thématisées, ou bien n'apparaissent pas, ou bien sont employées de manière positive et a-critique. C'est surtout vrai s'agissant des catégories de valeur, de valorisation capitaliste et de « travail abstrait » (Marx). Par là, Hardt/Negri ne sont pas à la hauteur de leur ambition. Car vouloir faire la critique du capitalisme sans faire celle de la forme de la valeur et de sa valorisation, c'est à peu près la même chose que vouloir faire la critique de la religion sans faire celle du concept de divinité. C'est précisément à cette absurdité que Hardt/Negri atteignent.

La suite :

Robert Kurz : A propos de Empire. Le monde en crise comme disneyland de la « multitude »

Anselm Jappe et Robert Kurz, Les habits neufs de l'Empire. Remarques sur Negri, Hardt et Rufin, Lignes et Manifestes, 2003.

Quatrième de couverture :

   On présente généralement « Empire », le récent livre de Michael Hardt et Antonio Negri, comme une avancée théorique majeure. Nous disposerions grâce à lui de moyens renouvelés d'interpréter le monde « globalisé » et de le transformer.

   Tel n'est pas l'avis de Anselm Jappe et Robert Kurz qui, loin de tenir ce livre pour la critique politique radicale que ses auteurs prétendent, le réfutent ici sans appel, n'y voyant rien de plus qu'une utopie « fleur bleue » où ressuscitent, écrivent-ils, « toutes les illusions petites-bourgeoises et prolétariennes de ces deux derniers siècles quand à un " capitalisme équitable ».

Tag(s) : #Contre Negri - Hardt et la revue Multitudes