Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Kurz-lire-marx0020.jpg

 

La maison d'édition La balustrade liée à une librairie parisienne du même nom spécialisée dans les sciences sociales (10ème arrondissement), vient de rééditer l'ouvrage de Robert Kurz, « Lire Marx. Les textes les plus importants de Marx pour le 21ème siècle choisis et commentés par Robert Kurz », publié en France en 2002. Ce livre devenu introuvable, était épuisé depuis plusieurs années. Pour autant le livre n'aura pas la diffusion que l'on aurait pu espérer. Le livre sera uniquement commandable au prix de 16 euros sur le site internet de la Balustrade (voir ici), par mail ou courrier et sera également disponible en rayon dans la librairie (librairielabalustrade-arobase-orange.fr).

 

PRESENTATION

 

Mondialisation, mégafusions des entreprises, bulles spéculatives et fièvres boursières, souffrances au travail, guerre pour l'ordre mondial, barbarisation des rapports sociaux capitalistes, crise du capitalisme... Bon nombres d'évolutions économiques et sociales actuelles ont déjà été prévues par Karl Marx. 

 

Robert Kurz (1943-2012), une des principales figures théoriques du courant de la critique de la « dissociation-valeur », participant actif au mouvement social en Allemagne, a rassemblé dans cet ouvrage un copieux ensemble de citations de Marx (sur près de 400 pages) qu'il introduit à chaque chapitre par un long texte incisif pour en montrer toute la portée et l'interprétation qu'il faut en faire. Se dessine alors au fil de l'ouvrage, les fondements d'une nouvelle critique du capitalisme mais qui n'est pas celle d' un « vrai Marx » car elle va avec Marx mais aussi au-delà de Marx. A la suite des élèves d'Adorno, Hans-Georg Backhaus, Helmut Reichelt et de la « Neue Marx Lektüre » en Allemagne (qui reste malheureusement inconnue en France), Kurz distingue en effet deux lignes argumentatives chez Marx, un « Marx exotérique  » et un « Marx ésotérique ». Au 21ème siècle, seule une de ces lignes argumentatives qui touche le noyau social profond et la forme de la dynamique du capitalisme, est particulièrement adéquate et mérite d'être poursuivie, elle constitue le socle d'une critique-à-la-racine de la forme de vie sociale capitaliste. Ce précieux ouvrage rassemble ainsi toutes les citations éparses qui constituent le visage oublié et effacé par le temps, de ce « Marx ésotérique » sur lequel repose le courant de la  « critique de la valeur ».  

 

MARX EXOTERIQUE

 

 

Marx exotérique, Marx ésotérique, par ces deux appellations, on entend distinguer de manière rigoureuse deux lignes argumentatives différentes dans l'œuvre de la maturité de Karl Marx. L'une étant celle traditionnellement admise (exotérique), une critique du capital du point de vue du travail censé être hétérogène au capitalisme (une critique reposant donc sur un concept transhistorique du travail) et dont l'objet d'étude est surtout la lutte des classes. Cet anticapitalisme tronqué pense le capitalisme en termes de rapports de classes enracinés dans des rapports de propriété et médiatisés par le marché. Cette argumentation traditionnelle issue de Marx et que reprendra le marxisme traditionnel, se focalise sur le mode de distribution, espérant un mode de distribution régulé de manière juste et consciente et de manière adéquate à une production industrielle qui est affirmée positivement parce qu'elle est considérée comme extrinsèque au capitalisme. Le socialisme est ainsi défini comme la société caractérisée par la propriété collective des moyens de production et la planification centralisée ou autogérée dans un contexte industrialisé. Cette argumentation peu profonde du Marx exotérique que le marxisme a raison de retrouver chez Marx, n'a servi qu'à légitimer depuis le XIXe siècle une lutte du mouvement ouvrier pour la reconnaissance des travailleurs dans le capitalisme. Cette approche soutient la critique de la « dissociation-valeur », ne peut plus servir de base à une théorie critique émancipatrice pour le 21ème siècle.

 

MARX ESOTERIQUE

 

L'autre ligne argumentative que l’on retrouve chez Marx est bien moins connue et plus difficile à saisir chez Marx (on l’appellera donc « ésotérique »). C'est aussi cette réflexion qui a le plus donner de mal à Marx, qui reste d'ailleurs éparse et non sans ambiguïtés dans le Marx de la maturité. Cette ligne prend pour objet la nature profonde des rapports sociaux, de la domination et de la dynamique historique du capitalisme. Elle touche au noyau social du capitalisme. Elle est une critique des formes catégorielles sociales au fondement du capitalisme (travail, valeur, argent, forme marchandise) et de leur dynamique et trajectoire fétichistes, elle constitue une critique catégorielle, c'est la critique du fétichisme moderne qui commence dès le premier chapitre du livre 1 du « Capital ». Un point important de cette ligne, est de comprendre les catégories de la critique du Marx de la maturité comme historiquement spécifique à la société moderne (ou capitaliste), et ce dès ce premier chapitre, elles ne sont en rien transhistoriques comme l'a cru le marxisme traditionnel. La critique se fait alors non plus cette fois du point de vue du travail mais plutôt de la possibilité de son abolition. Le Marx ésotérique est celui qui critique aussi bien le mode de distribution que le mode de production capitaliste en partant de l'analyse des formes/catégories historiquement déterminées que sont la valeur, la marchandise, l'argent, le travail, le capital. Et va même au-delà en critiquant le capitalisme comme non seulement un mode de production particulier, la production de marchandises, mais une forme de vie sociale spécifique : la vie moderne. Une forme de vie déterminée par des médiations sociales fétichistes dont le mouvement sous forme de choses détermine réellement la société du capital dont nous ne sommes plus que les supports et les appendices qui ne cessons pour autant de reproduire cette constitution-fétichiste de la société moderne. Le cœur de la critique de la société par le Marx ésotérique peut être désigné par la « critique de la valeur », mais il faudrait davantage parler de « critique du fétichisme de la valeur ».

 

VERS UNE NOUVELLE CRITIQUE RADICALISEE DU CAPITALISME

 

Au-delà du « marxisme du travail », Robert Kurz présente et commente rigoureusement les principaux textes de « l'Autre Marx ésotérique ». Ce choix fait apparaître Marx comme théoricien du fétichisme moderne, comme critique radical de la production marchande, du travail en tant que tel et de la politique. Kurz libère la théorie marxiste de son interprétation traditionnelle et pose ainsi les fondements d'une lecture neuve qui s'attaque au système destructif et irrationnel du rapport social capitaliste. Une lecture indispensable pour tous ceux qui veulent apprendre quelque chose de nouveau de Marx et comprendre la crise mondiale d'effondrement de la modernisation qui marquera l'ensemble du 21ème siècle.

 

Clément Homs

 

 

 

Sommaire du livre

 

Préface

 

En introduction : Les destinées du marxisme. Lire Marx au XXIeme siècle  (pages 13-43)

 

I. Ils ne le savent pas mais ils le font : Le mode de production capitaliste est une fin en soi irrationnelle (pages 43-121)

 

II. L'essence étrangère et les organes du cerveau : Critique et critique de la société du travail (pages 121-159)

 

III. La fausse apparence d'une souveraineté imaginée : Critique de la nation, de l'Etat, du droit, de la politique et de la démocratie (pages 159-207)

 

IV. Saignant et purulent par tous les pores : Le vilain capitalisme et sa barbarie (pages 207-251)

 

V. La véritable barrière de la production capitaliste est le capital lui-même : Le mécanisme et la tendance historique des crises (pages 251-291)

 

VI. Chasse autour du globe, la concurrence court : La mondialisation et la " fusionnite " du capital (pages 291-321)

 

VII. La mère de toutes les extravagances et la portée de jeunes loups de la Bourse : Le capital porteur d'intérêts, la bulle de la spéculation et la crise de la monnaie (pages 321-361)

 

VIII. Appropriation universelle d'une totalité des forces productives : Critères du dépassement du capitalisme (pages 361-396)


Tag(s) : #Parutions & Bibliographie