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Le seul critère de l'émancipation humaine.

La révolution comme sortie de l'économie

Clément Homs

 

   A la différence d'autres discours critiques souvent idéalistes, ce n'est pas parce qu'on est plus nombreux à comprendre et partager une critique comme celle de la « critique de la valeur », que ce geste même de compréhension/diffusion consiste en une pratique changeant le monde. Le dévoilement d’un fonctionnement social par le geste de la pensée, n’a pas comme conséquence logique la fin du fonctionnement social-historique réel.

 

1.

La critique de la valeur est-elle une marque de lessive ?

   Une question revient souvent dans des discussions : « la critique de la valeur cela a l'air d'être très intéressant, mais pour changer le monde qu'est-ce que vous proposez concrètement... » ? La critique me semble-t-il, n'a pas à fournir en pièce jointe un mode d'emploi pour une organisation alternative toute faite de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible de la réalité sociale contemporaine, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais elle ne constitue pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une « société idéale ». Certains pensent que le contenu d’une analyse se jauge d'abord à sa capacité propositionnelle (et passer directement sur le registre du « mais au fond qu'est-ce que vous proposez », est une rhétorique qui permet généralement à la personne d'éviter de comprendre et répondre au contenu d’une critique). En réalité celui qui demande cela, demande inconsciemment que le dépassement de la société marchande-capitaliste se fasse aussi sur le modèle bien ancré de l’achat/vente, de l'offre et de la demande, de la marchandise. La critique de la valeur remarquait déjà Robert Kurz, « n'est pas dans le rôle d'un vendeur prié de faire une offre garantissant un droit d'échange standard afin de pouvoir être consommée.  La théorie critique n’est pas une offre à proprement parler, mais un miroir de la connaissance de soi, une rage de comprendre, une ‘‘ invitation à la valse ’’ à l’issue incertaine ».

   Paradoxalement, la wertkritik n’est pas une critique qui annonce des « jours qui chantent ». Comme le discours messianique traditionnel de la gauche dans son ensemble, des politiciens et des écologistes, elle n'est pas non plus une adepte du « yaka-yaka » en se pensant au « pouvoir » à la place des « incapables » qui nous gouverneraient comme diraient d'autres formes de critiques.  Dans ce genre d'ailleurs, la critique marxiste traditionnelle en particulier est une caricature. Elle a trop réduit le noyau social, la nature et la dynamique du capitalisme, à la seule exploitation de la survaleur (qui est bien sûr centrale) et aux conditions qui permettaient cette « mauvaise distribution » de la richesse sociale produite par le travail, à la propriété privée et au marché orchestrés par une domination de classe qui soit-disant spécifierait en dernier ressort la nature du capitalisme. En fait le marxisme traditionnel s'est arrêté en cours de route dans l'analyse critique du capitalisme, il a explosé en plein vol sans jamais arriver à la destination qu'il s'était proposé : comprendre de manière critique la fomation sociale capitaliste dans sa nature sociale profonde. Il dénonce l'anormale exploitation de quelque chose qui lui paraît normal, évident, naturel et transhistorique (le travail créateur de valeur et la valeur comme richesse abstraite).

   C'est-à-dire qu'en centrant sa compréhension critique du capitalisme sur la théorie de l'exploitation de la survaleur par le surtravail grâce à une unilatérale domination de classe (lecture classiste), le marxisme traditionnel réduit sa compréhension du capitalisme à une sorte de dérèglement anormal de la production de la valeur par le travail, essence supposée éternelle de toute société humaine. Le capitalisme (et la compréhension marxiste traditionnelle de la catégorie de valeur) comme l'a montré l'historien américain Moishe Postone dans Temps, travail et domination sociale, est ici réduit à un simple mode de distribution (alors que le marxisme prétend parler des rapports capitalistes de production), il est une sorte de dérèglement de la production de valeur par le travail, production naturelle, non-capitaliste et transhistorique (comme le pensait déjà David Ricardo et l'école classique, si bien que l'élève de Adorno, H.-G. Bauckhaus a raison de parler du marxisme traditionnel comme d'un  « marxisme ricardien »), qui tournerait anormalement au seul profit de quelques uns, une classe sociale bourgeoise, qui grâce à des dispositifs fallacieux et mystifiants de distribution de la richesse produite par le travail et le surtravail, s'en met plein les poches. Il faut alors en se réappropriant le travail créateur de valeur par le mutuellisme proudhonien, par le collectivisme bureaucratique du marxisme autoritaire, par la planification démocratique ou par l'autogestion fédérative et syndicale (comme dans la version du communisme libertaire de Daniel Guérin - énième figure du marxisme traditionnel), pour enfin révéler que le travail, principe positif et naturel, est le véritable fondement de la société humaine.

   Dans cette compréhension classique du capitalisme à gauche et à l'extrême-gauche, la nature du capitalisme est celle du profiteur qui se nourrit anormalement de quelque chose de naturellement nourrissant et qui pourrait rassasier tout le monde. Le capitalisme est comme une maladie qui incuberait un corps sain et normal (le travail créateur d'une forme de richesse naturelle et transhistorique, la valeur), et qu'il suffirait de se débarrasser pour sauver et affirmer plus encore le supposé corps sain. Ainsi le capitalisme n'est pas conçu comme une forme de vie sociale spécifique, mais comme un parasite d'une forme de vie sociale transhistorique, normale, naturelle et qu'il s'agit de revendiquer positivement (comme le fera le mouvement ouvrier classique). Ainsi, si l'on rentre un peu plus en détail dans l'analyse de l'anticapitalime traditionnel, c'est toujours une critique qui naturalise les forces productives en faisant du mode de production  un simple appareil technique évident et porteur de progrès,  appareil qui est capté extérieurement par des rapports sociaux capitalistes de distributıon (marché et propriété privée) qu'il suffirait d'abolir pour sortir simplement du capitalisme en laissant intactes les forces productives et donc, le prétendu principe ontologique et transhistorique (le travail) dont elles sont les porteuses pourrait enfin venir a soi (se réaliser pleinement) dans l'histoire. Le marxisme traditıonnel mésinterpréte ici la contradiction capitaliste  en disant que le développement des forces productives déborde et dépasse les ridicules rapports sociaux capitalistes de distribution (marché et propriété privée), dévoilant enfin la véritable nature humaine : la société émancipée fondée sur le seul travail, travail toujours compris comme le noyau social de toutes les sociétes humaines dans l'histoire. Dans cette vieille théorie faite du point de vue du travaıl (cf. Postone), le développement même du capitalisme est porteur de l'avenir radieux et des jours qui chantent.  Et finalement en défendant le travail, la production industrielle et l'affirmation du prolétariat (les forces productives), la vieille critique marxiste, communiste liberaire, opéraiste, trotskiste, négriste, etc., ne fait  qu'affirmer le noyau social du capitalisme : le travail comme un principe ontologique qui dans l'histoire, vient a soi, se réalise pleinement après avoir aboli les rapports sociaux de production que le marxisme a réduit en réalité aux rapports de distribution (propriété privée et marché).

   Et il ne faut surtout pas penser que Paul Lafargue déroge a ce schéma dans son fameux Droit à la Paresse. Lafargue loin d'être un auteur critique du marxisme comme une image naïve le dépeint, synthétise au contraire ce que Moishe Postone rassemble sous le terme de marxisme traditionnel. Marxisme traditionnel, c'est-à-dire :

  « toutes les approches théoriques qui analysent le capitalisme du point de vue du travail et définissent cette société d'abord en termes de rapports de classes structurées par la propriété privée des moyens de production et d'économie régulée par le marché. Les rapports de domınation y sont compris principalement en termes de domination et d'exploitation de classe. Comme on sait, Marx affirme qu'au cours du développement capitaliste il surgit une tension structurelle (ou contradiction) entre les rapports sociaux capitalistes et les " forces productives ". Cette contradiction est généralement interprétée en termes d'opposition entre, d'un coté, la propriété privée et le marché et, de l'autre, le mode de production industriel, opposition où la propriété privée et le marché sont considérés comme la marque du capitalisme, et la production industrielle comme la base de la société socialiste future. Le socialisme est implicitement compris en termes de propriété collective des moyens de production et de planification économique dans un contexte industrialisé. C'est a dire que la négation historique du capitalisme est principalement vue comme une société où sont dépassées la domination et l'exploitation d'une classe par une autre classe » (Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, Mille et une nuits, 2009, p.21).

 Lafargue se basant sur le développement capitaliste notamment en affirmant comme un principe positif, les sacro-saintes " forces productives " (ici technologiques et industrielles), en réalite il ne critique en rien le principe social du travail. Lafargue est un pur produit du marxisme traditionnel, espérant que la classe du travail devienne à son tour la classe paresseuse une fois que la domination du prolétariat se sera substituée a la classe bourgeoıse oisive : enfin le mythe marxiste de l'abondance industrielle sera possible. Le forme matérielle de la dynamique de l'autovalorisation de la valeur, qui est le mode industriel de production qui est spécifique au seul capitalisme, est donc pour Lafargue le fondement de sa société d'abondance technologiquement assisté laissant les humains enfin dans l'état oisif dont ne profitaient auparavant que les capitalistes. Pour Lafargue finalement, " le socialisme, c'est le luxe pour tous " comme disait Roland Barthes. Le sain appareil de production industriel permis par le capitalisme pourra servir aux ouvriers. Loin d'être un exemple pour la wertkritik, Paul Lafargue et son " Droit a la paresse " sont ainsi plutot le niveau zéro de la critique du travail. Il est dommage que la critique de la valeur présentée sommairement dans le " Manifeste contre le travail " (qui en effet par moment colle à cette dimension d'un futur émancipé constitué par l'oisiveté) soit trop souvent assimilée à la critique simplette et finalement marxiste traditionnelle, de Paul Lafargue, avec laquelle elle n'a rien à voir.

   Pour la wertkritik, l'implication logique du mécanisme automate de la valeur et de sa crise inhérente, loin d'amener automatiquement vers l'émancipation humaine (selon l'évolutionnisme du marxisme traditionnel), est plutôt la barbarisation des rapports sociaux comme l'au-delà de la forme sociale capitaliste. C'est notamment ce qui est présenté dans la " théorie de la crise " développée par la mouvance allemande. Finalement, à l’encontre de l’image que peut avoir la wertkritik (comme on a pu le lire dans " Philosophe Magazine " au printemps 2009 lors de leur recension de Postone, ou chez Jean-Marc Mandosio dans " D'or et de Sable ", qui tous deux ont pour seul contre-argument non explicité - et souvent de manière complice avec l'idéologie post-moderne de renonciatıon a toute explication du monde - de dire que la critique de la valeur voulant tout expliquer, elle renoue avec les Grands Discours) qui semble vouloir tout saisir en l’expliquant par des dimensions sociales et historiques totalisantes (et non par des dimensions ontologiques, transhistoriques et métaphysiques qui débouchent toujours sur une moralisation de l'existant qui de fait est naturalisé), il y a justement une certaine réserve de la théorie qui se refuse à dire ce qu’il suffirait de faire, un programme, des slogans faciles, des promesses, faire entrevoir des lendemains qui chantent..

   La critique de la valeur au travers de ses catégories d'analyse (valeur, marchandise, travail abstrait, capital... qui ne doivent pas etre comprises comme des catégories économiques - erreur classique, y compris chez Castoriadis qui mésinterprète Marx comme les marxistes) pointe des formes sociales de vie, des formes historiques de socialisation, c'est-à-dire des médiations sociales non-naturelles (le travail comme forme sociale que prend spécifiquement que sous le capitalisme, le métabolisme avec la nature, et ensuite l'argent, le capital...) d'être des formes sociales totalisantes  d'objectivité et de subjectivité qui structurent les dimensions de la vie dans la société capitaliste, formes sociales (qui sont elles memes déterminées par des formes de pratique sociale) qui nous obligent de rentrer en relation avec nous-mêmes, avec les autres et avec le monde, structurellement au travers d'elles. Et en plus d'être des médiatons particulièrement abstraites et mutilantes, poussant les individus à une dépossession générale au profit d'une dynamique folle, abstraite, auto-destructrice, complètement impersonnelle et qui est le seul véritable Sujet historique produisant le monde et son (non)avenir. Dynamique dans laquelle les individus ne sont plus que de simples rouages, des supports d'une mécanique sociale abstraite, sans que ce soit un " procès sans sujets " comme disait Althusser, puisque c'est bien la pratique concrète qui de manière réflexive se constitue comme abstraite. L'opposition classique entre structures et actions, ou entre objectivité et subjectivité, est donc dépassée pour la critique de la valeur. C'est même pas la faute première de méchants publicitaires, de vilains spéculateurs ou patrons, d'horribles multinationales, du grand loup Monsanto, c'est ni la faute de la droite ou des Juifs ou encore de ma grand-mère, etc, c'est la faute à des médiations sociales qui sont complètement naturalisées, qui paraissent naturelles et comme ayant toujours existées et qui sont jamais remis en cause par les divers courants critiques, et certainement pas hélas par les décroissants qui pourtant en s'en prenant à la croissance et à l'économie elle-meme (surtout chez Serge Latouche dans son livre " L'invention de l'économie ") tirent pour la premiere foıs à gauche dans le bon sens : contre l'économie en tant que telle et contre ce qu'ils appellent le " productivisme ". Pour autant il est certains que certain personnes, et que des classes sociales profitent de cette société fétichiste plus que d'autres, mais ils le font en tant que fonctionnaires des catégories capitalistes et du sujet automate de la valeur qui se valorise. Ils ne sont jamais le grand Sujet d'une unilatérale domination de classe qui serait l'essence du capitalisme, car ils sont même en tant que bourgeois, donneurs d'ordre, etc., à la fois sujet et objet d'une mécanique sociale abstraite constituée par des médiations sociales qui les dépasse. La forme de domination spécifique au capitalisme est abstraite, impersonnelle et indirecte et ne se réduit pas à une simple domination transhistorique de classe comme le pensait le marxisme taditionnel.  

 

2.

Seul critère de l'émancipaton humaine


   La critique de la valeur propose de sortir de ces médiations sociales où notamment le travail constitue structurellement les rapports socaux entre les humains. Le seul critère proposé vraiment par la wertkritik c'est qu'aucun medium (une activité qui permette en elle-même dans son effectuation de se rapporter aux autres : le travail aujourd’hui) fétichiste (qui entraîne une dépossession) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Si la nature est aujourd’hui détruite, c'est parce qu'aujourd'hui le métabolisme avec cette nature a pris la forme sociale du travail, ce qui n'avait jamais existé. Ce que les écologistes ne sont pas encore arrivés à saisir et à creuser, comme un gros angle mort de l'écologisme radical.

  Or, beaucoup à côté de la dimension économique qui nous totalise et nous à tous pourrit la vie, pensent qu’ils pourraient exister parallèlement d’autres dimensions qu’il faudrait privilégier : certains se réfugient tout en participant de ce monde auquel on n’échappe pas, des niches où l’on tente des compromis afin de se préserver, et face à cette domination de l’économique, certains se réfugient dans la spiritualité, dans le privilège qu’il faudrait donner à la morale et l’éthique, dans la politique, dans la préoccupation pour la nature, pour les autres (convivialité, solidarité, bénévolat, etc). etc etc. Imperceptiblement, ces gens là aimeraient une sorte de réencastrement de l’économique dans le social, le politique, le religieux, la nature, etc. Que l’économie arrête de piller la nature.

  La critique de la valeur dit que tout cela est impuissant face à la logique et la dynamique économique de la valorisation. La Revue du MAUSS ou Andre Gorz avec leur sphère non-marchande du don  ou  du " travaıl autonome " parallèle à la sphère marchande, Martine Aubry et sa farce du « care », etc., tous les bons sentiments du monde et bonnes résolutions du 1er de l’An, ne peuvent rien par rapport à la logique de la valeur qui est une force totalisante, totalitaire mais pas totale, et qui est de plus extrêmement dynamique (Postone parle de " moulin de disciplines "), voire du fait de ses contradictions, en crise permanente sapant la branche sur laquelle elle est assis (théorie de la crise de Kurz, théorie qui se trouve développée par la critique de la valeur).

   Bref, il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Il faut sortir littéralement de l’économie, en inventant d’autres formes de médiation sociales entre nous, que celles du travail, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines. Pour autant, à la différence de Jacques Ellul, Ivan Illich ou Bernard Charbonneau qui mythifient quand même beaucoup les sociétés traditionnelles passées, pas de retour possible ni souhaitable en arrière. Même dans les sociétés passées où l’économie n’existait pas, des formes de fétichisme existaient, des rapports dégueulasses de domination étaient présentes. Certes l’économique était enchâssé dans la religion, un rapport magique au monde, dans la domination directe de certains sur d’autres, dans la coutume, le respect des ancêtres et de la tradition, etc., mais ce monde sans économie, c’est pas non plus un monde enviable. L'échange et plus largement l'interaction entre les individus a depuis toujours été soumis à des formes de dominations trouvant leur justifications dans un mode de conscience fétichiste (des formes de non-conscience). C’est pour cela aussi que certains qui aimeraient trouver comme au supermarché dans le paquet « wertkritik », le bonus caché et estampillé « voilà la société idéale toute faite », avec son plan, ses écrous et ses vis, seront toujours déçus. Si la domination économique sur l’ensemble des autres dimensions de la vie, est intolérable, il n’y a pas de société idéale, sans contradictions, ni de modèle pré-capitaliste à suivre, il faut faire un trait sur cette utopie. Pour autant, le fétichisme économique est particulièrement mutilant, auto-destructeur, jamais une société dans l’histoire n’avait eu une dynamique aussi rapide, abstraite et impersonnelle. Il faut donc se choisir des formes de fétichisme moins mutilantes, moins auto-destructrices, que le fétichisme de la valeur. Mais pour cela, vu que cela n’a jamais existé dans l’histoire, l’origine de l’homme n’est pas derrière nous, mais devant nous. Il faut penser l'impensable. Marx lui même disait qu'il n'avait pas de recette pour les marmites de l'avenir. C’est une invention inouïe et improbable à réaliser, aussi inouïe et improbable qu’a été l’invention de l’économie.

   Aucune déclaration théorique ne peut prétendre ce que pourrait être une société anti-économique, autrement que très abstraitement. Seule l’expérience pratique d’une nouvelle médiation sociale entre nous et comme métabolisme avec le monde (mais il ne faut pas que ce soit parallèle à la médiation par le travail !) et le processus effectif même de ce changement, pourront nous renseigner sur le sujet. Seule une association voulue par des individus dépendant de leurs convictions et de l’invention d’une pratique radicale dans son contenu même, et non pas déterminée par leur position donnée dans le système (classes, couches moyennes, demande de lois, etc.), sera à même de mener à bien un tel mouvement d'arrachement social à l’économie. La wertkritik est juste d’abord un premier pas (par rapport à tous les mauvais pas à gauche, à l’extrême-gauche, à droite qui restent à l’intérieur de l’économie qu’on naturalise toujours), une invitation à réfléchir sur ce qu’est au cœur de nos sociétés modernes par rapport au société passée. Il faut repenser ce qu'est véritablement le noyau social, la nature et la dynamique de la formation sociale capitaliste, repenser aussi ce qu'est le fétichisme de la valeur. Il n'est pas question de se reposer sur un modèle pré-capitaliste pour imaginer l'après. Une première étape serait déjà une prise de conscience, suffisement collective, de la particularité historique de notre société et de ses catégories (argent, travail, marchandise...)


Il faut continuer la critique pratique…

Clément Homs

2012

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