Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

molok-jpg.jpeg

 

Le Moloch capitaliste   

   Le capitalisme est un Dieu sanguinaire qui exige sans cesse plus de sacrifices humains sous une forme sociale historiquement spécifique : du travail. Insatiable, il se nourrit uniquement d’énergie humaine, sur un mode incroyablement pervers : l’asservissement intéressé. La combustion d’énergie humaine comme fin en soi – et non pour satisfaire des besoins – est rémunérée, ce qui rend celui qui est asservi intéressé à son asservissement. Pire : une fois rémunéré pour avoir servi de combustible au procès de valorisation capitaliste, il s’en va dépenser ses cendres (plus ou moins importantes selon l’état du rapport de forces entre classes et selon l’importance du développement des forces productrices mécanisées), et voilà donc qu’un autre sert à son tour de combustible humain, et ainsi de suite. Le Moloch capitaliste est encore plus cruel que ça : non seulement son unique objectif est de valoriser du capital, d’augmenter sans cesse l’énergie humaine totale consumée, et non, comme l’annoncent nos grands prêtres, de satisfaire des besoins (au mieux, c’est un mal nécessaire au procès de valorisation ; au pire, on satisfait des désirs destructeurs tout en assassinant une bonne partie de l’espèce humaine – sans parler du reste) ; mais en plus, une fois remplacés par des machines au terme du développement des forces productrices mécanisées, nous, combustible humain, ne pouvons même plus servir d’offrande, ne pouvons même plus nous asservir, et donc nous ne pouvons même plus être rémunérés ; or, qui n’a pas d’argent, c’est-à-dire de fétiche représentant du combustible humain, ne peut satisfaire aucun besoin !

   D’autant plus que, dans son élan, notre Dieu cruel s’est approprié l’ensemble des moyens de production, tout ce qui nous permettrait de satisfaire nous-mêmes nos propres besoins. Notre planète détruite, ses habitants malades ou morts, l’impossibilité pour un nombre toujours plus grand d’êtres humains de satisfaire leurs besoins (que ce soit par l’asservissement ou directement) alors même que nos possibilités de satisfaction des besoins n’ont jamais été aussi grandes (même si cette tendance risque de se renverser avec l’extermination des sols, des écosystèmes et de ce qu’il reste des qualités humaines) : notre Moloch capitaliste et ses fidèles serviteurs capitalistes s’en fichent royalement, tant qu’ils ont de l’énergie humaine à consommer (d’une manière toujours plus dégradante) et qu’ils contrôlent l’ensemble des moyens de satisfaire des besoins ; ils pourraient même se passer à terme de nous, grâce au développement des robots, si nous ne sommes pas déjà morts, toutefois.

   Il faut abattre ce Moloch, et non pas prêcher qu’il en faut un à « visage humain », à l’instar des vieux socio-démocrates nostalgiques du Moloch keynésien, fordiste et « providence » de l’après-guerre ; il faut abattre en priorité ses formes sociales (travail, divertissement, argent, marchandises, État, droit, ect.) et non pas simplement se débarrasser de ses serviteurs et grands prêtres, comme l’affirment marxistes et autres anticapitalistes de papier, souvent apologistes du travail, de l’État et donc du capitalisme (pensant qu’il suffit de renverser une classe pour renverser un système) ; il faut un socialisme sans fétiche capitaliste, c’est-à-dire sans travail, sans divertissement, sans argent, sans marchandise, sans État, sans droit, avec de l’activité humaine tournée vers une ample satisfaction des besoins, avec une existence heureuse sans paradis artificiels, avec une entraide sans argent ni marchandise, avec une prise de décision commune, avec une contrainte sociale mais pas juridique, ect ; et ce socialisme, nous l’aurons uniquement si nous voulons celui-ci de toutes nos forces, que nous cessons de révérer notre Moloch capitaliste, que nous arrêtons d’écouter ses grands prêtres, que nous refusons de continuer à faire partie de ses formes sociales, que nous vainquons ses serviteurs, et qu’enfin détruisons l’ensemble des formes sociales du Moloch capitaliste pour remplacer celle-ci par une communauté humaine sans Moloch, capable d’être heureuse sans asservir et de satisfaire ses besoins sans s’asservir.

Êtres humains du monde entier, finissons-en !

Armand Paris, 2013.

Origine du texte : site Pensée radicale en construction

Autres textes sur la même thématique :

- Le travail est une catégorie historiquement spécifique, par Benoit Bohy Bunel.

- Travail fétiche, par Maria Wölflingseder (Streifzüge)

- Quelques bonnes raisons pour se libérer du travail, par Anselm Jappe.

- Travail forcé et éthos du travail, par Claus Peter Ortlieb (Exit!)

- Avec Marx, contre le travail, par Anselm Jappe.

- Manifeste contre le travail (Groupe Krisis, 1999).

- Trajectoires du capitalisme : du " sujet automate " à l'automation de la production, par Anselm Jappe.

Tag(s) : #Textes contre le travail