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D-passez-la-logique-de-la-valeur.jpgCi-dessous un texte sous forme d'un dialogue, de Denis Baba, chroniqueur dans le journal La Décroissance. Ce texte n'est guère précis au niveau théorique et analytique (mais ce n'était pas son but), il possède toutefois certains points communs avec les thèses de Robert Kurz, Anselm Jappe, Krisis et Exit. Les décroissants se sont souvent intéressés aux auteurs de la wertkritik, sans parler d'André Gorz qui a eu un réel intérêt pour ces auteurs à la fin de sa vie (voir), Denis Baba dans un texte antérieur parlait de l'importance du livre " Les Aventures de la marchandise ", tandis que Fabrice Flipo a fait une recension positive du livre de Postone dans la revue " Mouvements ", et Paul Ariès résume un aspect de la critique du marxisme traditionnel par Postone dans son livre La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance (La découverte, 2010, extraits), bien qu'il n'en tire aucune conclusion, continuant à vendre tranquillement son discours politicien. Pour autant un théoricien de la décroissance comme Serge Latouche, quoique pertinent dans sa critique du progrès, de la modernisation, de la gauche et de l'extrême-gauche, comprend la croissance économique au travers d'un idéalisme philosophique (ce que même Cornélius Castoriadis lui reprochait dans Démocratie et relativisme. Débat avec le MAUSS, Mille et une nuits, 2010), une simple idéologie de la croissance, une simple religion de la croissance, une simple manipulation de la conscience par les sciences économiques qui auraient inventé toutes seules l'économie (cf. Latouche, L'invention de l'économie, Albin Michel, 2005). Le développement économique ne serait qu'une signification imaginaire sociale propre à l'Occident, sans qu'il veuille se pencher sur les formes sociales médiatisantes bien réelles qui donnent lieu à des catégories économiques et à leurs dimensions automates, dynamiques et auto-destructrices (cf. Moishe Postone, " Temps, travail et domination sociale ", Mille et une nuits, 2009). Anselm Jappe, dans son texte " Au sujet de la décroissance ", a alors raison de dire que certains théoriciens de la décroissance ne voient peut-être les rapports sociaux capitalistes que comme de simples  " rapports de volonté ".  

 

Palim Psao

 


 

 

 

Pardon chère lectrices et chers lecteurs, mais c'est une commande de la rédaction : " Parle-nous de ce qui se passe en Grèce et dans les marchés financiers " . N'écoutant que sa grosse flemme, le petit chroniqueur a de nouveau fait travailler son informateur anonyme, économiste à la Banque central européenne.

 

Alors la crise s'aggrave ?

 

Routine, routine. Si je puis dire : on compte maintenant des morts en Grèce.

 

Peux-tu être plus précis ?

 

Cet enchaînement catastrophique était une certitude dès 2007 et nous en avons déjà parlé à deux reprises [en octobre 2007 et en novembre 2008]. Nous vivons depuis trois ans la crise de la dette : iléclate au grand jour que les milliards de millards d'argent créés par l'économie marchande depuis plus de trente ans ne valent rien. Lorsqu'il ut avéré que les grands acteurs privés (entreprises, banques) ne pouvaient rembourser, les Etats ont créé de la monnaie pur les renflouer et sauver l'économie marchande de l'effondrement. Or la monnaie, c'est de la dette. La dette privée est devenue dette publique. L'Etat crée de largent qui va aux banques qui financent les Etats en achetant des titres publics ! Le système bat maintenant des records d'absudité ! Les banques privées françaises, ces imbéciles, ont des milliards deuros de titres grecs dans leurs coffres. Du coup, le big crash mnace et on crée à nouveau des centaines de milliards d'euros...

 

Et ensuite ?

 

Les Etats européens ne peuvent plus rembourser leurs dettes. Les plus fragiles sont en train de sauter et von mettre à genoux leur population, ça à commencer par l'Islande, l'Irlande, et la Grèce. Puis viendront le Portugal et l'Espagne. Et après l'Italie.

 

Pourquoi ceux-là ?

 

Pour une raison simple que personne ne veut voir : ces nations n'ont connu un développement économique que de façade. Certaines vieilles régions industrielles tiennent encore le coup (la Catalogne, le nord de l'Italie...) mais globalement les taux de croissance élevés de ces payx ces dernières années reposaient sur les bulles spéculatives, notamment l'immobilier. L'investissement productif y était insuffisamment développé.

 

C'est difficile à comprendre...

 

Je sais bien. Personne n'en parle jamais. Nous vivons une situation de surracumulation de capital qui limite drastiquement les activités industrielles rentables. Si tu investis 10 euros qui te rapportent 1 euro, tu gagnes 10% et tu es très content ; mais si tu possèdes 10 000 euros, il te faut 1000  euros pour mantenir la rentabilité de ton capital. Sinon, le taux de profit se réduit et tu n'as plus intérêt à investir. C'est ce qui se passe : les taux de profit que rapporte le capital productif chutent depuis 30 ans. Et ça touche évdemment en premier lieu les pays les moins compétitifs. La spéculation a permis de masquer cette réalité.

 

Mais si la dynamique du profit est durablement cassée... Tu n'es pas en train de me dire que nous vivons la crise finale du capitalisme ?

 

Mais bien sûr, quoi d'autre sinon ?

 

!!!...

 

La seule politique qu'autorise aujourd'hui le système économique serait la destruction de millions de milliards de dollars. Une purge sévère qui restaurerait les taux de profit mais aucune société humaine n'y résisterait. Alors on " balance " à nouveau de la monnaie : 750 milliards d'euros au sein de l'Union européenne. La planche à billet tourne à plein régime. On sauve l'économie marchande une fois de plus en aggravant encore la situation. On éteint l'incendie en y balançantdes litres de pétrole ! L'époque ne va pas pourrir tranquille ! Au programme : désagrégation sociale et explosion de la pauvreté en accéléré. Dans ces conditions, le fait que ce soit la gauche ou la droite qui dirige tel ou tel pays est aussi fondamental que la couleur de la cravate.

 

Mais c'est terrible...

 

La fin du capitalisme n'est pas la fin de la vie et pourrait même être notre salut ! Encore faudrait-il des mots justes sur la situation que nous vivons. J'entendais l'autre jour un universitaire de gauche français, soit-disant spécialiste des crises financières, un certain Frédéric Lordon. Et bien ça ne valait pas un clou. Les catégories de base de l'économie marchande étaient totalement absentes de son discours : travail productif, crise de la valeur, capital fictif... Comment dans ces conditions dire des choses pertinentes ? La gauche radicale nous refait le coup des riches qui s'enrichissent pendant la crise. C'estsûr qu'il y a du fric : des milliards de milliards qui ne valent plus rien du tout ! C'est bien le problème !

 

Tu ne lirais pas Marx toi, la nuit, tous volets fermés ?

 

Bien sûr, comme tous les bons professionnels du moment... Nos sociétés sont entièrement dévorées par leurs fétiches : l'argent, le travail, le capital. Je lis aussi ce vieux réactionnaire de Karl Kraus qui montrait comment l'Allemagne en crise des années 1920 et 1930 avait connu un effondrement de la raison et de l'intelligence collective.

 

Bigre ! Tu m'excuseras mais je ne suis pas sûr de solliciter à nouveau tes lumières, j'aimerais préserver un peu le moral des lectrices et lecteurs du journal.

 

Dommage ! Je réponds honnêtement à tes questions. L'honnêteté est un luxe que je ne peux pas me permettre lorsque je suis au travail.

 

Propos recueilli par Denis Baba.

 

Journal La Décroissance, n°70, juin 2010, p. 13  

 

 


 

D'autres textes sur la crise actuelle du capitalisme :

 

- Pourquoi la crise s'aggrave : la croissance ne crée pas de la richesse mais de la pauvreté (Gérard Briche)

 

- Crédit à mort (Anselm Jappe)

 

- La mère de toutes les extravagances et la portée des jeunes loups de la Bourse. Le capital porteur d'intérêts, la bulle de la spéculation et la crise de la monnaie. (Robert Kurz)

 

- La véritable barrière à la production capitaliste est le capital lui-même. Le mécanisme et la tendance historique des crises (Robet Kurz)

 

- Le vilain spéculateur (Robert Kurz)

 

- Le retour de l'Etat comme administrateur de la crise (Norbert Trenkle)

 

- Crash Course : Pourquoi l'effondrement de la bulle financière n'est pas la faute de " banquiers cupides " et pourquoi il ne peut pas y avoir un retour à un capitalisme social d'assistance (Groupe Krisis, 2008)

 

- C'est la faute à qui ? (Anselm Jappe, 2008)

 

- Le dernier stade du capitalisme d'Etat (Robert Kurz, 2008)

 

Tag(s) : #Théorie de la crise du capitalisme