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Il y a des penseurs qui restent inconnus toute leur vie, mais qui figurent parmis les plus lucides de nos contemporains. Et c'est le cas du théoricien Tom Thomas. Parmi les 19 livres qu'il a écrit - dont des livres sur la crise contemporaine de la société capitaliste (je pense à « Démanteler le capital ou être broyés  ») qui sont sur bien des points proches de la théorie de la crise/effondrement que l'on retrouve chez Robert Kurz, Exit ! et Krisis -, il est toujours bon de lire et relire Etatisme contre libéralisme ? C'est toujours le capitalisme, un ouvrage paru en 2011 aux éditions Contradictions. Une véritable volée de bois vert contre l'anticapitalisme tronqué de la « gauche de gauche » (politique, mouvementiste et syndicale), l'altermondialisme d'ATTAC, les débris de la social-démocratie française, les « économistes atterés », et toute la mixture indigeste du keynésianisme et autre idéologie des « services publics » qui servent encore de planche de naufrage à une gauche anti-libérale théoriquement complètement déconfite.

 

Le mouvement ouvrier classique a eu, même à travers ses luttes les plus héroïques, une vue partielle du capitalisme et de la société qu'il constituait, et ce qu'il reste de sa vision du capitalisme dans la gauche actuelle, doit être retravaillé, approfondi et dépassé. Aujourd'hui, les formes sociales auxquelles il nous faut nous arracher, sont nécessairement plus nombreuses parce que c'est toute la reproduction-fétiche de la société capitaliste qui est en crise au travers de l'ensemble de ses formes sociales. La critique à la racine de la société présente, comme elle doit prendre en compte que les catégories/formes de valeur, de marchandise, de travail et d'argent, ne sont en rien transhistoriques mais propres aux sociétés capitalistes, doit saisir également que le politique sous la forme moderne de l'Etat, n'est pas extérieur et hétérogène au rapport-capital (présupposé classique de la gauche étatiste), mais lui est totalement immanent. L'Etat doit être aussi l'objet de la critique d'une vie sociale corsetée par le fétiche automate qu'est le capital qui ne cesse de se reproduire au travers des formes sociales de nos activités que nous avons beaucoup trop naturalisé.

 

A l'image des réflexions faites par certains auteurs pour démontrer que la production industrielle moderne est intrinsèque à la socialisation capitaliste, il s'agit de constituer une théorie historiquement spécifique de l'Etat moderne : Etat et industrie ne sont pas à comprendre comme des formes sociales transhistoriques, leur structure même ne peut être que capitalistiquement constituée (la démonstration rigoureuse pour l'industrie, se trouve dans Moishe Postone, « Temps, travail et domination sociale », Mille et une nuits, 2009, chapitre IX, pp. 451-562). En ce début du XXIe siècle, la critique de l'économie politique s'est transformée :

 

1. on ne peut plus critiquer le capitalisme à partir de l'industrie (la vieille utopie de l'automation technologique du mouvement ouvrier dès le XIXe siècle),


2. comme on ne peut critiquer le capitalisme à partir de l'Etat (autre vieille lune héritée des clubs révolutionnaires de 1789),


3. comme on ne peut le critiquer du point de vue du travail et de la redistribution de la valeur (travail et valeur sont des formes intrinsèquement capitalistes - vouloir la « justice économique  » et « l'égalité sociale  » à l'intérieur du capitaliste n'a rien d'anticapitaliste, puisqu'une telle « justice » présuppose toujours une société de travail continuant à se représenter dans la valeur et son mouvement automate, coercitif et totalitaire),


4. comme on ne peut critiquer la classe des capitalistes-fonctionnaires du capital au nom de la classe des ouvriers prestataires de travail abstrait pour le capital.

 

Ce sont là quatre impensés de la gauche historique et de son anticapitalisme tronqué. Ce sont là aussi quatres formes d'impossibilité et donc d'échec de toute lutte de classe, parce que toutes les classes sociales existent dans la présupposition du rapport-capital, aucune lutte contre sa propre détermination par ce dernier, ne peut se faire sur la base de l'affirmation de l'Etat, de l'industrie, du travail, de la redistribution de la valeur et de l'argent, de la  « justice économique », du droit du Travail et des travailleurs, de la classe prolétaire. La révolution est au contraire, non pas l'affirmation de ces formes sociales, mais leur négation (leur auto-négation, puisque nous n'existons que dans ces formes) en tant que communisation des rapports sociaux, au-delà de l'Etat, de l'industrie, du travail, de la redistribution de la valeur et de l'argent, de la « justice redistributrice  », des classes et des genres : Au-delà de l'économie.  

 

Se déniaiser vis-à-vis de l'Etat et de sa forme de fétichisme, fait partie intégrante du mouvement de la critique et de la lutte pour la communisation des rapports sociaux. Et c'est Tom Thomas qui ouvre ici les hostilités... 

 

Ce livre, comme les autres, est disponible en librairie ou gratuitement mis à disposition sur le site de Tom Thomas qui s'intitule « Démystification  »

 

Hasdrubal

 

 



 

La plupart des commentateurs ont affirmé que la cause de la crise contemporaine était les « excès » d’une finance débridée et mondialisée que des gouvernements libéraux auraient volontairement favorisée et laissée libre de ses mouvements erratiques et spéculatifs. Les libéraux auraient mis l’Etat au service de la finance (appelée aussi « les marchés ») au lieu de le conserver et de l’utiliser comme serviteur de « l’intérêt général » pour les uns, de « l’intérêt national » pour les autres (ce qui est à peu près la même chose!). Ainsi de tous côtés, au Front de Gauche comme au Front National, on en appelle à un Etat qui régulerait les marchés, dompterait la finance (ce mauvais capital parasite) tout en assurant la croissance (celle du bon capital productif), et par là l’emploi, les salaires, etc. Bref, il faudrait, et il suffirait, pour sortir de la crise que l’Etat ait à sa tête un gouvernement qui lui redonne toute sa puissance, l’accroisse même, afin qu’il joue son rôle de régulateur de l’économie, de protecteur de la Nation, d’arbitre équitable et social de la répartition des richesses. Il suffirait donc de changer les hommes à la tête de l’Etat!

 

Le but de ce livre est de combattre cette utopie, qu’on appellera étatisme. Il montrera que l’Etat ne peut nullement être le moyen d’une solution à la crise et à ses effets catastrophiques, pour la raison qu’il ne peut pas être autre chose que l’organisateur essentiel de la reproduction du capitalisme (i.e., des rapports sociaux capitalistes) et de plus en plus essentiel au fur et à mesure de son développement historique. Il montrera que, pire encore, tout renforcement du rôle de l’Etat ne peut être qu’un renforcement de la dépossession des travailleurs des moyens de leur vie, un renforcement de la domination sur eux du capital (éventuellement étatisé) et de ses représentants, les bourgeois (appelée par Marx « les fonctionnaires du capital » parce qu’ils ne font qu’en exécuter les lois). Cela quelles que soient les promesses de démocratie « participative », « citoyenne », « républicaine », ou autres qualificatifs qu’on y adjoint comme pour admettre qu’elle n’est rien! Il montrera que cet étatisme contemporain n’est pas un fait du hasard, un choix parmi d’autres, mais qu’il manifeste une tendance au totalitarisme inhérente à l’essence même de l’Etat et dont le plein développement accompagne nécessairement celui du capital arrivant à son âge sénile. C’est donc une idéologie particulièrement néfaste en ce sens que, poussée à ses extrémités logiques, elle mène au fascisme1.

 

Ainsi, c’est parce que cette idéologie est non seulement trompeuse dans ses promesses mais très dangereuse dans ses effets qu’elle sera ici combattue sans complaisance aucune, y compris quand elle se pare des qualificatifs de « socialiste », « communiste », ou plus généralement, « de gauche ». Parce qu’alors, c’est bien au cœur de l’urgence d’aujourd’hui, qui est que les prolétaires conquièrent leur indépendance en s’organisant en classe révolutionnaire, que se situe le combat contre l’étatisme. Car si les prolétaires n’y parviennent pas, et ils n’y parviendront que contre l’Etat qui fera tout pour les en empêcher – y compris avec des gouvernements de gauche comme l’histoire l’a constamment montré – alors les pires catastrophes sont certaines.

 

Il ne s’agit donc pas ici d’un livre sur l’Etat, qui analyserait toutes ses déterminations, fonctions, moyens, institutions, etc. L’analyse de l’Etat y sera limitée: 1°) en ce qu’elle sera seulement basée sur l’exemple français (néanmoins, il présente des caractères généraux propres à tous les Etats modernes); 2°) en ce qu’il ne sera pas procédé à l’examen de toutes les strates, et leurs rapports, qui composent le gigantesque millefeuille qu’est cet Etat, depuis les municipalités jusqu’à l’étage européen, des diverses administrations jusqu’aux multiples Comités, Hautes Autorités, Commissions et innombrables organismes parapublics; 3°) en ce qu’elle se bornera à exposer seulement ce qui est nécessaire à la compréhension de l’étatisme comme idéologie et comme pratique tout aussi capitaliste que le libéralisme (deux faces de la même médaille en réalité). Ainsi qu’à exposer les bases de son influence sur les masses populaires. Lesquelles sont ce qui induit ce qu’on appellera le fétichisme de l’Etat (en référence et en correspondance avec la fameuse analyse de Marx dans le premier chapitre du Capital sur le fétichisme de la marchandise). Bref, ce livre se limite à exposer pourquoi il faut combattre fermement l’étatisme et quelles en sont les racines.

 

Tom Thomas

 

 

 

Nombreux sont ceux qui ont prétendu que la cause de la crise ac­tuelle est le libéralisme. Il est naturel alors qu'ils lui opposent l'étatisation accrue de la société. T. Thomas, dans la continuité de ses ouvrages antérieurs qui, à contre-courant et depuis plus de dix ans déjà, expliquent cette crise comme celle du système capitaliste et non pas de sa seule forme libérale et financière, démontre ici que l'alternative libéralisme/étatisme qui est aujourd'hui au centre du débat droite/gauche, c'est toujours le capitalisme, donc c'est tou­jours la crise allant s'aggravant. Il le fait en rappelant avec vigueur et clarté ce qu'est l'État actuel. C'est bien en effet en sachant ce qu'il est qu'on peut savoir ce qu'il peut faire, ou pas. Et il en ré­sulte pour l'auteur que la seule chose que cet Etat puisse faire, de par sa nature, c'est de tout faire, jusqu'au pire pour le peuple, pour assurer les conditions de la reproduction de la société capitaliste.

Mais T Thomas, allant plus loin, montre, à travers l'explication de ce qu'il appelle « le fétichisme de l'État », pourquoi le peuple, dans sa majorité, est encore lui-même subjugué par l'idéologie étatiste qui lui fait croire qu'un simple changement du personnel dirigeant pourrait résoudre à son avantage cette crise du capitalisme. Enfin, il fait ressortir de l'ensemble de ces analyses que le combat contre l'étatisme est une nécessité primordiale, vitale, dans la situation actuelle du capitalisme à son âge sénile. Faute de quoi l'étatisme, en se renforçant, conduirait à une sorte de néofascisme.

 

   

Editions Contradictions / ISBN 2-8709-071-6 / 4eme trimestre 2011, 120 p., 10 Euros


Intégralité de l'ouvrage Etatisme contre libéralisme ? C'est toujours le capitalisme


Extrait:

  " Quand les prolétaires en appellent à l'État pour satisfaire leurs be­soins, quand ils s'adressent au représentant de la société, ils ne se voient pas comme seulement dépendants d'un patron particulier. Ils se posent comme étant tous dans la même situation face à l'État. Il leur reste alors à sortir des revendications partielles, où les corporations les mieux placées, les mieux armées quémandent la plus forte aumône. Ils ont à franchir le pas décisif. Il leur faut comprendre que l'État est leur ennemi commun, l'organisateur du capital, le pouvoir social accaparé par une minorité de fonctionnaires du capital, une machine terriblement gourmande qui con­somme à leurs dépends une énorme partie de leur travail, et qui, de sur­croît, leur fait la guerre et les envoie faire la guerre à d'autres peuples. Ils franchiront le pas en s'attaquant à l'État au lieu de l'implorer. Ils constate­ront que demander à l'État n'aboutit à rien d'autre qu'à renforcer son pouvoir monstrueux et prédateur, L'État deviendra alors la cible qu'ils voudront démolir au fur et à mesure qu'ils constateront son impuissance grandissante à répondre à leurs besoins, à surmonter les maux, les sac­cages, les désastres du capital. Ils le feront parce qu'ils devront constater qu'il leur faut réaliser eux-mêmes ce que l'État en dehors d'eux ne peut pas réaliser, quand bien même que par quelque miracle, ses dirigeants le voudraient." p116.


TABLE

Chapitre 1.- NAISSANCE ET ESSENCE DE L'ETAT.

Chapitre 2. - VERS L'ETAT MODERNE.
1.  L'Etat accoucheur du capital.
2.  Etatisme croissant.
 
Chapitre 3. - L'ETAT CONTEMPORAIN.
1. L'Etat et l'aide sociale.
2. Etat et capital.
3. Etat et démocratie.
4. Tendance de l'Etat contemporain au totalitarisme.

Chapitre  4. - LE FETICHISME DE L'ETAT.
1. Bases idéologiques du fétichisme de l'Etat.
2. Bases matérielles du fétichisme.
3. Puissance et impuissance de L'Etat.
    3.1. Réglementer et soumettre le capital financier.
    3.2. Le protectionnisme.
    3.3. Partager les richesses, relancer la production par la consommation.


Chapitre 5. - COMBATTRE L'ETATISME
1. Etatisme ou libéralisme, c'est toujours le capitalisme.
2. L’Etat comme ennemi.

 

Etatisme-contre-liberalisme-Tom-Thomas.jpg

 

Démanteler

Tag(s) : #Critique de l'anticapitalisme tronqué de la gauche