Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Kurz vies et mort du capitalismeL'article suivant est paru dans le supplément littéraire du journal « L'Humanité  », « Les Lettres Françaises », le 1er décembre 2011 (Source). Le sommaire de l'ouvrage est disponible dans ce fichier  : Voir le Fichier : kurz_001.jpg

 

 

Chronique d'une crise annoncée

 

 

« Vies et mort du capitalisme  » est un recueil d’articles et d’entretiens assez courts dont la visée pédagogique offre au lecteur la possibilité d’appréhender les apports théoriques de la critique radicale de la valeur. Robert Kurz, qui en est le principal théoricien, a contribué  à structurer, autour de la revue allemande Krisis puis Exit, un courant auquel se rattache, en France, Anselm Jappe, auteur publié également chez Lignes.

 

Cette critique  repose sur la réactualisation de l’œuvre de Marx et s’articule autour de la contradiction interne au capitalisme : « Le capitalisme n’est rien d’autre que l’accumulation d’argent comme fin en soi, et la substance de cet argent réside dans l’utilisation toujours croissante de force de travail humaine. Mais, en même temps, la concurrence entraîne une augmentation de la productivité qui rend cette force de travail de plus en plus superflue ». Le système est donc condamné, la « dévalorisation de la valeur » étant déjà très avancée, et sa survie actuelle n’est rendue possible que par le recours massif au crédit, à la dette et autres mécanismes financiers.

 

Ce qui pourrait passer pour une pure abstraction ou une fiction économique se trouve pleinement confirmé par le scénario de la crise depuis 2008. À ce titre, le premier article du recueil, écrit en 2007, est d’une lucidité prémonitoire : Kurz y annonce la crise des crédits à la consommation aux Etats-Unis et « la fin de l’absorption des excédents d’exportations dans le reste du monde »

 

Mais si l’écroulement du capitalisme ne fait plus de doute, « la libération est un acte historique et ne peut donc être « dérivée » théoriquement comme la baisse tendancielle du taux de profit ». Le système est susceptible de se maintenir au prix de la barbarie et de la « désintégration sociale ».

 

Au-delà des luttes défensives, il y a donc une impérieuse nécessité à « reformuler la critique des formes capitalistes » pour penser leur abolition. Ce qu’il faut dépasser, ce n’est pas le capitalisme néolibéral et financiarisé – dans l’espoir de revenir à un nouvel Etat-providence dont la fonction serait de redistribuer les fruits de la croissance – mais bien la recherche de la croissance et la production de la valeur à tout prix. Kurz invite à sortir d’une logique qui consiste à chercher les coupables dans « un funeste modèle anglo-saxon » ou dans les milieux de la haute finance mondiale sans remettre en cause « la reproduction socialisée du fétiche-capital » ni le travail comme mode d’organisation de la société.

 

C’est donc un monde pensé en fonction des besoins réels que Kurz souhaite voir advenir, sans exclure le recours à une forme renouvelée de planification. En substituant la satisfaction des besoins à la création de valeur comme fin en soi, c’est l’humain que l’auteur allemand remet au coeur d’une économie à inventer. Elle ne pourra voir le jour qu’à condition de surmonter dialectiquement la décevante alternative entre une reprise en l’état de l’industrie capitaliste « productiviste » et un « antiproductivisme » tout aussi abstrait, illusoire régression dans une pauvreté idyllique.

 

Cécile Gintrac

 

 

D'autres textes sur ce site sur le même thème de la crise de la civilisation capitaliste et le populisme anticapitalisme de gauche comme de droite :

 

 

- Tous contre la finance ? (Anselm Jappe)

- Crédit à mort (Anselm Jappe).

- C'est la faute à qui ? (Anselm Jappe)

- Essai d'une (auto)critique de la gauche politique, économique et alternative (Johannes Vogele)  

- Crash Course. Pourquoi l'effondrement de la bulle financière n'est pas la faute de " banquiers cupides " et pourquoi il ne peut y avoir un retour à un capitalisme social d'assistance (par le groupe Krisis, 2008).

- Le spéculateur déchaîné. Taxe Tobin et nationalisme keynésien, une mixture indigeste. Pour l'abolition du salariat (par Ernst Lohoff du groupe Krisis)

- La " crise financière " est une crise du mode de production capitaliste (résumé des thèses de Norbert Trenkle du groupe Krisis)

- Crise financière : mode d'emploi (par Denis Baba)

- Pourquoi la crise s'aggrave : la croissance ne crée pas de la richesse mais de la pauvreté (par Gérard Briche)

- Le " retour de l'Etat " comme administrateur de la crise (par Norbert Trenkle 2009)

- Le dernier stade du capitalisme d'Etat (par Robert Kurz, 2008)

- Le vilain spéculateur (par Robert Kurz, 2003)

 

Que faire ? 

 

Le seul critère de l'émancipation humain, par Palim Psao.

- Critères du dépassement du capitalisme, par Robert Kurz.

- Contre le mythe autogestionnaire (brochure).  

- Aliénation et besoins : Perspectives pour une émancipation humaine, par Gérard Briche.

- Par-delà nature et culture, au-delà de l'économie : Jean Baudrillard et la naissance idéologique des besoins, par Palim Psao.

 

   

D'autres textes sur les tenants et aboutissants de base de la " wertkritik " :

   

- Qu'est-ce que la valeur ? De l'essence du capitalisme. Une introduction (Christian Höner)

- Qu'est-ce que la valeur ? Qu'en est-il de sa crise ? (Norbert Trenkle) 

- Quelle valeur a le travail ? (Moishe Postone)

- La marchandise cette inconnue : résumé du chapitre 2 du livre d'Anselm Jappe " Les Aventures de la marchandise "

- Critique du travail : résumé du chapitre 3 du livre d'Anselm Jappe " Les Aventures de la marchandise ".

 

- Repenser la théorie critique du capitalisme (Moishe Postone)

- Quelques bonnes raisons de se libérer du travail (Anselm Jappe)

- Domination de la marchandise dans  les sociétés contemporaines (Gérard Briche)

- La Société sans qualités. Introduction à la wertkritik (Corentin Oiseau)

- Le principe de l'économie est-il de donner du travail ? (Clément Homs)

- Manifeste contre le travail (Groupe allemand Krisis) 

Tag(s) : #Recensions & Notes de lectures