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Contre toute forme d’économie.

Un débat pour le renouvellement de la pensée critique

*

Clément Homs[1]

2011

 

Ci-dessous, la préface-présentation à l’ouvrage de Serge Latouche et Anselm Jappe, Pour en finir avec l’économie. Décroissance et critique de la valeur (Paris, éditions Libre et solidaire, 2015), comprenant le dialogue critique entre ces deux auteurs à Bourges en 2011 à lécole des Beaux-Arts.

   Je vais essayer de justifier en quelques mots l’invitation que nous avons faite à Serge Latouche et Anselm Jappe[2]. Serge Latouche que nous avons le plaisir d’accueillir dans notre ville, est connu bien sûr pour être un des penseurs du mouvement de la « décroissance ». Après le colloque de 2002 « Défaire le développement, refaire le monde » à l’UNESCO, il allait devenir l’un des principaux penseurs d’envergure de ce nouveau mouvement né pourtant de deux courants par bien des aspects contradictoires et à mes yeux incompatibles, l’« anti-développement » et la « bio-économie » de Georgescu-Roegen. Durant les années 2000, ce que nous appelions le « Latouche exotérique » ‒ dans un cercle de « Jeunes-Latouchiens » dont j’étais ‒ en guise de clin d’œil à l’histoire de la philosophie, c’est-à-dire tout le volet politique et propositionnel de son œuvre d’intellectuel engagé dans la cité, allait se déployer au travers de nombreuses publications. Par de nombreux aspects, ce « Latouche penseur de la décroissance » (qui apparaît dès son article de 2003 dans Le Monde Diplomatique, « Pour une société de décroissance ») est le prolongement direct des quarante années précédentes où il a porté avec d’autres la critique du « développement », c’est-à-dire la critique d’une vaste idéologie occidentale qui naît après la Seconde guerre mondiale dans le contexte de la Guerre froide et dont l’oxymore du « développement durable » n’est que l’ultime avatar contemporain[3]. La thématique de la décroissance était pour lui l’aboutissement logique de ce vaste parcours d’abord plutôt universitaire, où il était passé du marxisme traditionnel de sa thèse sur La paupérisation à l’échelle mondiale réalisée au Zaïre en 1964-1966 et qu’il concluait par « un vibrant plaidoyer en faveur d’un développement planifié avec une accumulation du capital le plus rapide possible grâce au raccourci technologique » comme il le dit lui-même[4], à la critique inverse et radicale du développement dans la lignée d’Ivan Illich, dont il fera son maître.

 

   Pour autant, dans le cadre de cette rencontre, nous ne voulions pas l’inviter à parler de ce thème bien connu de la décroissance ou de la critique du développement car ce que l’on connaît moins chez Serge Latouche, c’est que ce franc-tireur atypique dans la tribu des économistes a enseigné de façon critique durant toute une carrière à l’université, l’épistémologie des sciences économiques, c’est-à-dire la manière dont ces sciences construisent leur objet et le cadre général de leur réflexion. En se penchant avec cet œil critique sur les fondements épistémologiques des sciences économiques, il s’est progressivement rendu compte que l’ensemble des présupposés de l’économie était finalement lui-même très mal assuré. Nourri de la lecture de grands anthropologues du XXe siècle comme Karl Polanyi, Marshall Sahlins et Marcel Mauss, qui remettaient en cause le modèle de l’homo oeconomicus il en est venu même à dépasser ceux-ci en prolongeant certaines de leurs intuitions en mettant en doute l’impensable, c’est-à-dire la naturalité, la transculturalité et la transhistoricité de l’objet même que se donnaient pourtant à penser les économistes depuis le XVIIe siècle : l’économie et l’économique en tant que tels (ce qu’il a proposé dans L’invention de l’économie en 2005). « D’emblée l’économie fait problème écrit-il, elle n’est pas là comme ça, naturellement, que ce soit comme domaine ou comme logique de comportement, autrement dit, il n’y a pas de substance ou d’essence de l’économie »[5]. Ici la dénaturalisation ne concernait pas seulement le formalisme des économistes bourgeois ou le fonctionnalisme postmarxiste d’un Maurice Godelier, elle allait jusqu’à porter une critique courageuse à la théorie substantiviste de l’économique fondée sur la théorie chère pourtant à Karl Polanyi[6]. Entendons bien, non seulement l’économie n’existe pas de tout temps et elle n’était pas plus « enchâssée » dans des rapports sociaux non-économiques, mais ce sont aussi plus précisément l’ensemble « des opérations économiques de production, consommation, épargne, investissement, achats, ventes, etc., [qui] ne sont ni naturelles, ni universelles, ni éternelles, ni rationnelles (en elles-mêmes) »[7]. On ne pouvait plus définir l’économie au travers de la supercherie étymologique qu’aura toujours été l’acception aristotélicienne de l’ « oikonomia » comme gestion de sa maisonnée familiale[8]. C’était tout le socle de l’économie comme prétendue réalité transhistorique et idée qui tremblait sur ses bases. La critique du développement au Sud (qui l’avait occupé depuis son « chemin de Damas » au Laos en 1966-1967 qui lui avait ouvert les yeux et ce jusqu’en 2003[9]) puis celle de la société de croissance au Nord, n’ont été finalement pour lui que des expressions concrètes (exotériques) d’interrogations plus fondamentales qui n’ont jamais cessé  de le travailler : qu’est-ce qu’au juste que « l’économique » ? La vie économique qui nous paraît la base naturelle de toute vie humaine et le fondement depuis la nuit des temps de toute vie sociale, existait-elle véritablement dans les sociétés précapitalistes avant les XVI-XVIIIe siècles ? Le travail, l’échange de marchandises, l’argent, la raison utilitaire, les fonctions biologiques du corps individuel, la distinction entre la nature et la culture, les « besoins » individuels même dits fondamentaux, etc., sont-ils de véritables invariants anthropologiques nichés au fondement de toutes les formes de vie sociale ? Est-ce que l’objet même de la réflexion des économistes n’est pas plutôt une « trouvaille de l’esprit », une invention des économistes, l’émergence historique d’un imaginaire qui aura mis trois siècles pour coloniser nos esprits et nos vies ?

 

   Dans cette dimension sous-jacente de son œuvre, plus théorique et fondamentale à nos yeux et que nous appelions à ce titre, le « Latouche ésotérique » (« un arrière-plan qui n’est pas toujours clairement vu par le lecteur superficiel » écrit-il ci-dessous et qui assurément reste au mieux inconnu ou mal compris, voire non accepté par une majorité des décroissants qui préfèrent « relocaliser l’économie » et se poser des « problèmes d’échelle »), il touchait là à la racine de l’enfermement du monde. Il voyait aussi très bien l’homologie totale entre capitalisme et économie, qui n’étaient que deux termes pour saisir une même réalité socio-historique : « le capitalisme notait-il dès 1986, construit effectivement une certaine interdépendance entre quelques éléments valorisés du social : ‘‘ le domaine matériel ’’. De leur côté, les économistes présentent une représentation du fonctionnement de ce domaine qui pousse les interrelations jusqu’au phantasme d’un champ clos auto-reproducteur, auto-régulé et auto-dynamique. Ainsi est inventée l’économie. Il n’y a pas, pensons-nous, d’économie isolable avant, à côté et en dehors de ce champ historique et idéologique. La raison économique ne prend sens que dans un tel champ »[10]. S'il est vrai qu'il note que « l’histoire de la pensée économique est surtout l’histoire de la construction de l’économique comme pratique et comme pensée, autrement dit la construction de l’économique et de l’économie politique » et qu’il situe ce processus d’ « invention de l’économie » entre la fin du XVIIe et la fin du XIXe siècles[11], il note aussi de façon beaucoup plus dialectique que « la réflexion économique selon notre approche, ne se développe pas à un moment historique sur une pratique transhistorique (autrement dit naturelle), elle surgit dans le prolongement de l’émergence d’une pratique qui prend et constitue un sens économique progressivement à travers une théorie qu’elle contribue à supporter et à susciter. Chacun des niveaux a besoin de l’autre pour s’y fonder »[12]

  

   En son noyau le plus profond, toute son œuvre sera ainsi marquée par ce mouvement de dénaturalisation de l’économie comme science, réalité et pratique, une déconstruction non seulement de l’économie politique mais de l’objet même de celle-ci. Hic Rhodus, hic salta ! C’était désormais sur ce terrain qu’il nous fallait danser.  

 

  Notre deuxième intervenant, Anselm Jappe, est philosophe, et nous avons déjà eu le plaisir de l’accueillir en 2010 dans le cadre de ces rencontres, notamment pour savoir ce qu’il pensait du mouvement de la décroissance[13]. Avec un ensemble d’auteurs comme Robert Kurz, Norbert Trenkle, Ernst Lohoff ou Roswitha Scholz pour n’en citer que quelques-uns, il est l’un des contributeurs majeurs de la mouvance de la « critique de la valeur » (Wertkritik) qui s’est organisée dans les dernières décennies autour des revues allemandes et autrichiennes Krisis, Exit ! et Streifzüge[14], et dont se sont particulièrement rapprochées les dernières pensées d’André Gorz, qui après avoir correspondu avec plusieurs auteurs de ce courant, a même fini par se sentir comme l’un de ses « membres »[15]. Anselm Jappe est souvent arrivé à des conclusions très proches de celles de Serge Latouche sur l’émergence historique de l’économie comme forme de vie sociale spécifiquement liée aux seuls rapports sociaux capitalistes. Avec des différences bien sûr qui seront probablement évoquées dans le cours des exposés et de nos échanges, mais il y est toutefois arrivé à partir d’un tout autre cheminement intellectuel. Si comme nous l’avons évoqué, Serge Latouche s’est détaché de son premier marxisme traditionnel notamment au travers de la lecture qu’en a fait Cornélius Castoriadis, le courant de la « critique de la valeur » cherchait lui aussi à passer par-dessus bord le marxisme traditionnel mais d’une toute autre manière. Alors que Castoriadis critiquait à juste titre le mythe de la parfaite unité de la pensée de Marx et relevait chez ce dernier une ontologie du travail et son inscription pour une large part dans la pensée bourgeoise, il ne fit selon Jappe, « aucune tentative pour critiquer Marx à travers Marx, […] sans même imaginer que la clef pour dépasser les concepts ‘‘marxistes’’ pourrait se trouver chez Marx lui-même » [16]. La critique de la valeur ne prétend pas rétablir le « vrai » Marx et ne cherche pas plus à déifier un Marx qui aurait déjà tout dit, elle pointe plutôt la nécessité d’aller avec Marx, au-delà de Marx[17]. Comme d’autres courants et auteurs en Allemagne qui ne s’inscrivent pas forcément dans la Wertkritik, celle-ci insiste surtout sur l’existence d’un « Double Marx » en distinguant entre un « Marx exotérique » et un « Marx ésotérique »[18], qui n’échappa pas seulement à Castoriadis mais à bien d’autres marxistes qui finirent par abandonner toute référence à la critique de l’économie politique. Et c’est là nous le verrons un sujet de discussion que nous avons choisi de vous présenter dans la deuxième partie de cet ouvrage.

  

   Pour évoquer brièvement le « noyau » et l’originalité de la critique de la valeur, on pourrait distinguer trois niveaux essentiels de rupture avec l’ancienne théorie marxiste-traditionnelle du capital. Le premier niveau est constitué par un décentrage qui a pour caractéristique principale, de placer la critique du fétichisme de la marchandise (et donc d’interpréter le rapport-capital comme « sujet automate » selon la formule de Marx), au centre de son approche théorique[19]. C’est essentiellement à ce niveau que la Wertkritik reprend ce « Marx ésotérique » qui touche aux formes de base du mode de production capitaliste (le travail, la valeur, l’argent et la marchandise), en traitant ces catégories non pas comme des présupposés neutres, naturels et transhistoriques, mais historiquement spécifiques à la seule société capitaliste, tout en les considérant non pas comme des catégories positives et civilisatrices, mais comme essentiellement négatives et destructrices. Il s’agissait ici de venir en amont de ce qui était critiqué auparavant dans le marxisme (c’est-à-dire la seule distribution inégale de ces catégories capitalistes présumées naturelles et transhistoriques) en portant désormais une critique sur ces catégories mêmes du capitalisme : c’est là ce que l’on peut appeler la critique catégorielle. Le deuxième niveau de la rupture qui est davantage caractéristique de la revue Exit ! et en particulier de Roswitha Scholz, est celui de la mise en évidence du « rapport de valeur-dissociation », où le capitalisme est défini comme une forme sociale déterminée par une dissociation sexuelle historiquement spécifique, entre le « masculin » et le « féminin »[20]. Niveau qui ne constitue même plus un décentrage au sein de la théorie du capital comme au premier niveau, mais un nouveau niveau théorique et même un dépassement par certains aspects de la critique de la valeur qui n’est plus explicative à elle seule de la totalité dialectique que forme le monde contemporain, mais qui a besoin d’autres savoirs que ceux de la seule critique de l’économie politique. La critique de la valeur se transforme ici en une critique de la valeur-dissociation (Wertabspaltungskritik) qui investit le terrain de la constitution historique de la « masculinité » et de la « féminité », comme celui du « patriarcat producteur de marchandises »[21]. Le troisième niveau, qui n’en est pas le moindre pour comprendre la décomposition du capitalisme contemporain, est la reformulation sous une forme inédite et au-delà de ce qu’avaient pu en dire Rosa Luxemburg, Henryk Grossmann ou Paul Mattick, de la théorie marxienne de la crise comme limite interne et externe du rapport-capital. Elle explicite de manière différente à ce que propose le courant de la décroissance, la crise civilisationnelle en cours (dans laquelle il faut inclure la crise écologique comme une des matérialisations destructrices de l’ère géologique du capitalocène)[22].  

  

   Alors que les « rapports économiques » sont compris implicitement dans la pensée moderne (bourgeoise comme marxiste) comme une toile de fond anthropologique transhistorique, ce qui équivaut à identifier implicitement le concept d’« économie » au « processus du métabolisme avec la nature », la question de l’historicité de l’économique et de l’émergence de l’économie comme réalité sociale existante dans la seule modernité capitaliste, est un point où de nombreuses passerelles paraissent évidentes entre Serge Latouche et Anselm Jappe, ce dernier reconnaissant lui aussi « le caractère historique de la catégorie de l’économie »[23]. Si dès le début des années 1990, Robert Kurz développait déjà sur ces questions des intuitions théoriques qu’il systématisera plus largement dans son dernier ouvrage Argent sans valeur. Fondements pour une transformation de la critique de l’économie politique qui présente un vaste programme de recherche pour saisir à nouveaux frais cette émergence radicale de l’économie[24], A. Jappe a également toujours souligné en ces termes le caractère historiquement spécifique de cette dernière : « l’ ‘‘économie’’, basée sur la ‘‘valeur’’, est la forme moderne de fétichisme. Chaque société se base sur l’appropriation de la nature. Mais cela n’est pas encore de l’ ‘‘économie’’. Cette appropriation passe toujours par un procès de codification symbolique présupposé et inconscient, qui peut-être la religion dans un cas et la valeur dans un autre »[25]. Entre les œuvres de nos deux intervenants, il y a donc comme une résonance qui se fait continuellement entendre, deux pensées qui peuvent se rencontrer sur de nombreux points pour discuter et échanger.

  

   Les questions que nous leur avons posées sont nombreuses. Si l’économie est pour eux une réalité socio-historique finalement assez récente, comment alors fonctionnaient les sociétés pré-économiques, c’est-à-dire précapitalistes ?  Comment a « émergé » ou s’est « inventé » historiquement cette économie dans la pratique comme dans la réflexion ? Et puis, dans le cadre d’une réflexion vers un futur différent de celui sans avenir contre lequel vient déjà s’écraser la société moderne, comment alors penser l’impensable et réaliser l’improbable, comment selon le mot de Serge Latouche, « sortir de l’économie » ?

  

   C’est autour de ces réflexions du « Latouche ésotérique » et de la Wertkritik, que quelques individus ont créé en 2007 une revue intitulée Sortir de l’économie. Bulletin critique de la machine-travail planétaire, dont quatre numéros et un ouvrage sont aujourd’hui sortis[26]. Plusieurs des participants à cette revue sont aujourd’hui à l’origine de cette rencontre à Bourges.

2011

(revu en 2015 pour la parution de l'ouvrage).

 

BIBLIOGRAPHIE

- Clément Homs, « Critique du substantivisme économique de K. Polanyi », Sortir de l’économie, n°4, 2012.

- Clément Homs, « Sur l’invention grecque du mot ‘‘économie’’ chez Xénophon. Critique d’une supercherie étymologique moderne », in Quelques ennemis du meilleur des mondes, Sortir de l’économie, Le Pas de côté, 2013, pp. 25-63.

- Anselm Jappe, « Kurz, voyage au cœur des ténèbres du capitalisme », dans RDL. La Revue des livres, n°9, janvier-février 2013.

- Robert Kurz, Geld ohne Wert. Grundrisse zu einer Transformation der Kritik der politischen Ökonomie, Berlin, Horlemann, 2012. 

- Revue Sortir de l'économie. Bulletin critique de la machine-travail planétaire, les numéros et les brochures sont librement téléchargeables à l’adresse suivante : < http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ >.

- Quelques ennemis du meilleur des mondes, Sortir de l'économie, Vierzon, Le Pas de côté, 2013. 

- Sortir de l'économie ?, par Steeve (membre du collectif Quelques ennemis du meilleur des mondes). 

- Alastair Hemmens, Ne travaillez jamais. La critique du travail en France de Charles Fourier à Guy Debord, Albi, Crise & Critique, 2019. 

- Robert Kurz, La Substance du capital, Paris, L'Echappée, 2019.

- Anselm Jappe et Clément Homs, Rupture inaugurale. A propos de Serge Latouche, décembre 2015.  

 

 


[1] Clément Homs a participé à la revue Sortir de l’économie entre 2007 et 2012, et a publié avec le collectif « Quelques ennemis du meilleur des mondes » un ouvrage collectif inédit du même nom chez les éditions Le Pas de côté en 2013.

[2] Conférence donnée par Serge Latouche et Anselm Jappe le 25 mai 2011 au « café des décroisseurs berrichons » à l’Ecole des Beaux-Arts de Bourges.

[3] Je ne citerai que quelques titres, François Partant, La fin du développement. Naissance d’une alternative ? (La découverte, 1982), de Serge Latouche, Faut-il refuser le développement ? (Puf, 1986) et L’occidentalisation du monde (La découverte, 1989), Gilbert Rist, Le développement. Histoire d’une croyance occidentale (Presses de science Po, 1996), Wolfgang Sachs et Gustavo Esteva, Des ruines du développement (Ecosociété, 1996), Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté (Fayard/Acte Sud, 2003).  

[4] On trouvera de nombreux éléments biographiques dans l’entretien de Serge Latouche, « De Marx à la décroissance », dans Ecorev. Revue critique d’écologie politique, n°21, 2005, p. 61-65 (en ligne sur internet).

[5] Serge Latouche, L’Invention de l’économie, Paris, Albin Michel, 2005, p. 14.

[6] S. Latouche, dans l’annexe « En-deçà ou au-delà de l’économie : retrouver le raisonnable », de son livre La Déraison de la raison économique, Albin Michel, 2001. Dans Clément Homs, « Critique du substantivisme économique de K. Polanyi », Sortir de l’économie, n°4, 2012 (sur internet), je dois pour ma part reconnaître une dette non seulement au livre de 2005 ci-dessus mentionné, mais plus encore à cet article portant en partie sur Polanyi.

[7] S. Latouche, L’invention de l’économie, op. cit., p. 16.

[8] Voir Clément Homs, « Sur l’invention grecque du mot ‘‘économie’’ chez Xénophon. Critique d’une supercherie étymologique moderne », in Quelques ennemis du meilleur des mondes, Sortir de l’économie, Le Pas de côté, 2013, pp. 25-63.

[9] À bien des égards, il me semble que son livre Survivre au développement (Mille et une nuits, 2004) constitue le point de passage et le trait d’union entre le Latouche de l’« anti-développement » et celui qui développera par la suite la thématique de la décroissance : les 4 premiers chapitres du livre qui portent sur la première thématique ouvrent logiquement dans le chapitre V sur la décroissance.

[10] Serge Latouche, « Déterminisme économique et pensée anti-systémique : le paradoxe de Wallerstein », in Bulletin du MAUSS, n°17, 1986, p. 118.

[11] S. Latouche, L’invention de l’économie, op. cit., p. 12.

[12] Ibid, p.16, je souligne.  

[13] Le texte de cette rencontre a été publié dans son ouvrage Crédit à mort (Lignes, 2011), sous le titre

« Décroissants, encore un effort… ! ». Sur le même sujet on pourra également voir, Robert Kurz, « Capitalisme sans survaleur ? Un débat sur les limites de la croissance lui-même limité », dans Vies et mort du capitalisme. Chroniques de la crise (Lignes, 2011), p. 197-202.

[14] Outre les ouvrages d’Anselm Jappe dont on retrouvera les références bibliographiques à la fin de cet ouvrage, sur la critique de la valeur on pourra aussi se reporter en français au Manifeste contre le travail du groupe Krisis (Lignes, 2002), aux ouvrages de Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx (Mille et une nuits, 2009) et Critique du fétiche-capital. La gauche, le capitalisme et l’antisémitisme (PUF, 2013), aux ouvrages de Robert Kurz, Lire Marx (La Balustrade, 2012) et Vies et mort du capitalisme, op. cit (2011). Voir aussi A. Jappe, « Une histoire de la critique de la valeur à travers des écrits de Robert Kurz », in E. Martin et M. Ouellet (dir.), La tyrannie de la valeur. Débats pour le renouvellement de la théorie critique, Ecosociété, 2014. En anglais un important recueil d’articles a été publié aux Etats-Unis dans Marxism and the Critique of Value, MCM’ Publishing, 2014, librement disponible : < http://www.mcmprime.com/ >.

[15] Sur cette question voir A. Jappe, « André Gorz et la critique de la valeur », in A. Caillé et C. Fourel (dir.), Sortir du capitalisme. Le scénario Gorz, Le Bord de l’eau, 2013, pp. 161-169.

[16] A. Jappe, Les Aventures de la marchandise, op. cit, p. 25, je souligne. Postone et Castoriadis ont entretenu un échange de correspondances qui semble même avoir commencé très tôt (à ma connaissance seule une lettre a été publiée, voir la « Lettre à Moishe Postone sur Marx et les épicycles », 1980, dans C. Castoriadis, Quelle démocratie ? Ecrits politiques 1945-1997, tome 2, éditions du Sandre, 2013), et qui s’est poursuivi durant la rédaction de Temps, travail et domination sociale, Postone remerciant Castoriadis pour ses « utiles commentaires » (op. cit., p. 590). Dans cet ouvrage, la teneur des échanges transparaît à plusieurs reprises quand Postone s’oppose vigoureusement à la lecture critique que fait Castoriadis de Marx en notant que « Cornélius Castoriadis, par exemple, oublie la nature immanente de la critique de Marx [de la maturité] lorsqu'il affirme qu'elle est métaphysique et implique une ontologisation du travail. [...] Castoriadis lit implicitement la critique négative de Marx comme une science positive et il la critique donc sur cette base ; il n'examine pas la relation entre l'analyse catégorielle de Marx et le concept de fétiche-marchandise, et prête à Marx un incroyable degré d'incohérence. Il sous-entend que, dans un seul et même chapitre du Capital (celui de l'analyse du fétiche), Marx soutient la position non historique, quasi naturelle, même qu'il critique » (Postone, ibid., p. 254). 

[17] C’est le titre de l’éditorial programmatique du n°1 de la revue Exit ! Crise et Critique de la société marchande, « Kapitalismuskritik für das 21. Jahrhundert. Mit Marx über Marx hinaus : Das theoretische Projekt der Gruppe „Exit!“ [Une critique du capitalisme pour le 21ème siècle. Avec Marx, au-delà de Marx : le projet théorique du groupe ‘‘Exit !’’] », Horlemann, 2004.

[18]Au travers d’une lecture philologique de l’œuvre de Marx héritée de celle de Isaac Roubine, de Roman Rosdolsky, et en partie mais de manière critique de la Neue Marx Lekture, la critique de la valeur a cherché à mieux comprendre les contradictions de Marx en distinguant le « Marx exotérique » qui concerne surtout les formes phénoménales de la configuration historique libérale/industrielle prise par le capitalisme au XIXe siècle et le « Marx ésotérique » qui touche aux formes de base du capitalisme et au fétichisme, quelles que soient ses configurations historiques. Sur le rapport à Marx dans ce courant, voir R. Kurz, « Le double Marx » (traduction par Stéphane Besson – sur internet), l’ouvrage du même auteur Lire Marx, op. cit., qui présente les extraits du « Marx ésotérique », mais aussi l’introduction « Die unvollendete theoretische Revolution [Une révolution théorique inachevée] » dans Kurz, Geld ohne Wert. Grundrisse zu einer transformation der kritik der politischen ökonomie [Argent sans valeur. Fondements pour une transformation de la critique de l’économie politique], Horlemann, 2012.

[19] Loin de voir dans le fétichisme sous la forme d’une triple inversion réelle qui découlait de l’inversion centrale, entre l’abstrait et le concret, la base même du capitalisme et des formes de conscience des sujets modernes indifféremment à leur position de classe (ils ne mourraient pas, mais tous étaient frappés), le marxisme traditionnel voulait plutôt y voir un simple voile mystificateur et superstructurel (une sorte de manipulation de la part des capitalistes) qui viendrait recouvrir pour la masquer la réalité capitaliste (celle de l’exploitation). Pour la critique de la valeur le fétichisme n’est pas seulement une représentation inversée de la réalité mais le processus même d’une inversion réelle où le capitalisme constitue une « métaphysique réelle », c’est-à-dire une métaphysique descendue du ciel et désormais à l’œuvre réellement dans la réalité sociale.

[20] Bien sûr, pour R. Scholz, les sociétés prémodernes ont connu elles aussi d’autres formes de rapports inégalitaires entre hommes et femmes.

[21] On pourra se reporter aux articles de J. Vogele , R. Scholz et R. Kurz dans le recueil de P. Vassort et R. Poulin (dir.), Sexe, capitalisme et critique de la valeur (M éditeur, 2012) ; aux articles de R. Scholz traduits par S. Besson, « Le queer a fait son temps », « Théorie de la dissociation sexuelle et théorie critique adornienne » et « Marie, étends ton manteau. Production et reproduction à l’heure du capitalisme de crise » (disponibles librement sur internet) ; ainsi qu’au petit ouvrage de R. Scholz, Simone de Beauvoir aujourd’hui. Quelques annotations critiques à propos d’un auteur classique du féminisme, Le Bord de l’eau, 2014 (traduction par S. Besson).

[22] En France cette théorie de la crise – dans sa version Krisis différente sur certains points de celle développée par R. Kurz et A. Jappe ‒ est présentée d’une manière systématique dans Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, La Grande dévalorisation. Pourquoi la spéculation et la dette de l’Etat ne sont pas les causes de la crise (Post-éditions, 2014, traduction par P. Braun, V. Roulet et G. Briche). Sur la crise écologique, voir Claus Peter Ortlieb, « Au pied du mur. De l’origine commune aux crises écologique et économique » (traduction par S. Besson), dans Illusio, n°12/13, Bord de l’eau, 2014, ainsi que Daniel Cunha, « The Anthropocene as Fetischism », paru dans la revue Médiations, n°28, 2015 (sur internet).

[23] A. Jappe, Les Aventures de la marchandise, op. cit., p. 225, je souligne.

[24] Robert Kurz, Geld ohne Wert, op.cit. Voir la recension par A. Jappe de cet ouvrage important sur la question de l’émergence radicale de l’économie dans la seule modernité capitaliste, « Kurz, voyage au cœur des ténèbres du capitalisme », dans RDL. La Revue des livres, n°9, janvier-février 2013 (disponible sur internet). 

[25] Ibid., p. 215. A ma connaissance, c’est par contre quelque chose que Moishe Postone ne semble pas avoir clairement vu.

[26] Les numéros et les brochures sont librement téléchargeables à l’adresse suivante : < http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ >

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