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L'industrie culturelle au XXIe siècle.

De l'actualité du concept d'Adorno et Horkheimer

*

Robert Kurz

 

 Il est des textes qui, à peine nés, ont déjà vieilli. Et il en est d'autres qui paraissent frais et stimulants, même s'ils ont cent ans d'âge. Le livre Dialectique de la Raison, avec son célèbre chapitre sur l'industrie culturelle, fut publié pour la première fois en 1944. Peut-on encore parler, si longtemps après, d'une actualité des idées qui y sont traitées ? 

   Pour la pensée postmoderne, au sens le plus large, la réponse ne fait aucun doute : non ! Cette vision, devenue prédominante au cours des dernières décennies, se plaît à critiquer le terme d'industrie culturelle en lui reprochant son « pessimisme culturel » conservateur. Qu'y aurait-il de mal dans l'industrialisation de la culture ? N'y trouve-t-on pas des potentiels de liberté et de progrès pouvant être utilisés par tout le monde ? Versée dans les arcanes du monde médiatique - au point d'être presque blasée -, la gauche postmoderne, culturelle et « pop » se croyait bien au-delà d'une pensée jugée « désuète » qui serait celle de la Théorie critique. Or, elle ne montre ainsi que son caractère de simple phénomène de mode, et rien de plus. Depuis, le milieu pop postmoderne a pris de l'âge, et ses anciens protagonistes ont acquis une aura que l'on pourrait presque qualifier de « grand-paternelle ». Et voilà qu'ils risquent de devenir eux-mêmes conservateurs, au regard de leur profession de « jeunes de métier » employés dans le secteur de la culture. C'est précisément du fait de cette situation qu'il est intéressant de jeter un autre regard sur le concept critique d'industrie culturelle et sur les reproches postmodernes qu'il a suscités. 

 

Article paru dans le n°12/13 de la revue Illusio, Théorie critique de la crise vol. 2, éditions Bord de l'eau, 2014. 

*

Traduction par Wolfgang Kukulies

Sommaire

1. De la pseudocritique « cultivée » au culte postmoderne de la superficialité

2. Critique de la culture élitiste ou émancipatrice ? 

3. Réductionnisme technologique

4. La publicité comme perception culturelle du monde et perception de soi

5. La continuation du travail abstrait et de la concurrence par d'autres moyens

6. Internet - le nouveau medium central du capitalisme

7. La virtualisation de la réalité quotidienne

8. Interactivité du web 2.0 et individualisation

9. Une culture de la gratuité chèrement payée

10. La barrière intérieure du capital et la crise économique de l'industrie culturelle

11. Vers l'épuisement des réserves culturelles

12. Le monde n'est pas un accessoire. Pourquoi une « révolution culturelle » autonome est impossible 

 

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