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Quand le capital fictif passe aux commandes...

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Qu’est-ce que le « capitalisme inversé » ? 

Pourquoi la dynamique portée par le capital fictif

a-t-elle déjà commencé à s'effondrer ?

 

Discussion à Montpellier le 1er décembre avec Paul Braun et Clément Homs autour du livre de Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, La Grande dévalorisation. Pourquoi la spéculation et la dette de l’Etat ne sont pas les causes de la crise (Post-éditions, 2014 - traduit par P. Braun, V. Roulet et G. Briche). Avec les Amis du Monde Diplomatique de Montpellier, à 20 h, Salon du Belvédère au Corum.

Extrait de l'ouvrage : 

« Si l’on fait abstraction des variations cycliques, la masse des marchandises d’ordre 2 s’accrut, du temps de Marx, parallèlement au système de la valorisation de la valeur, et son augmentation ne fit que refléter une accumulation de valeur auto-entretenue ; elle demeura donc sans grande signification pour le mouvement de l’accumulation globale. Sous le régime fordiste-keynésien, l’accumulation de titres de propriété prit le dessus sur la création réelle de valeur, et elle devint indispensable comme locomotive et aide financière à la production réelle de valeur.

Mais à partir du début des années 1980, la production de capital fictif enfila des bottes de sept lieues pour échapper à la production de valeur et lui succéder dans sa fonction de moteur du système capitaliste global. L’accélération de la production de titres de propriété fut tellement formidable que l’accumulation de capital en fonction qu’elle engendra parvint à compenser l’effritement de la base de la valorisation réelle ainsi que la diminution de la production de valeur. Les grandes poussées d’accumulation du passé s’étaient toujours fondées sur l’investissement de nouveaux champs d’exploitation du travail vivant. Cela débuta avec le cycle du charbon et de l’acier, qui s’ouvrit au début du capitalisme industriel, et se ferma avec le boom d’après-guerre, qui reposait quant à lui sur le triomphe de la production de masse du fordisme.

Mais, un nouveau régime d’accumulation, dans lequel la production de titres de propriété a endossé le rôle de l’industrie de base, s’est formé dès les années 1980, en réponse, interne au capitalisme, à la crise de la valorisation de la valeur. Ainsi le rapport, familier au « capitalisme classique », entre capital en fonction et capital fictif a-t-il été mis sens dessus dessous. Dans ce « capitalisme inversé », ce n’est plus l’expansion à long terme du capital fictif qui reflète le développement du capital en fonction, mais bien plutôt la croissance du capital en fonction qui s’est inversée en une variable subordonnée de la croissance du capital fictif. La crise fondamentale de la valorisation réelle de la valeur, qui avait trouvé dans la stagflation des années 1970 son expression manifeste, n’a certes jamais été surmontée, mais elle fut masquée par les effets du décollage de l’industrie financière. Avec la transition vers un « capitalisme inversé » au début des années 1980, le mode de production capitaliste entra dans une phase qui verrait son destin dépendre désormais de la manière dont se développeraient les conditions de production des marchandises d’ordre 2. L’époque du capital fictif avait commencé. (p. 239-240)

[…] La question cruciale qui détermine le développement futur du capitalisme est maintenant la suivante : ce dernier peut-il anticiper de manière illimitée de la valeur future, ou cette anticipation représente-t-elle une « ressource » limitée qui ne peut, à long terme, se renouveler elle-même grâce à l’industrie financière, auquel cas des limites seraient fixées a la hausse de la production de titres de propriété ? (p. 291)

[…] Il pourrait sembler, de prime abord, que le capitalisme se soit ouvert, dans la mesure où il anticipe de la valeur future sur une grande échelle, un réservoir de richesse inépuisable, en ce que la production possible de valeur future, à la différence de la production effective de valeur, ne semble pas en principe constituer une grandeur limitée. Pourtant, à vrai dire, une telle conception fait abstraction du caractère spécifique de la formation de capital fictif. Car le transfert dans le présent de richesse capitaliste future est absolument lié à une ressource présente – et c’est là que le bât blesse (p. 292)

[…] La richesse actuelle de la société capitaliste repose sur l’anticipation d’un avenir qu’elle ne possède assurément pas. Que ce remède à la crise, qui ne fut jamais rien d’autre qu’un ajournement de celle-ci, bute sur ses limites, et il en deviendra un amplificateur. La société se retrouve donc placée devant l’alternative entre sacrifier la richesse matérielle à la forme de richesse capitaliste, et s’émanciper du diktat de la valeur, de l’argent et de la forme marchandise. (p. 323)

Bibliographie : 

- Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, La Grande dévalorisation. Pourquoi la spéculation et la dette de l'Etat ne sont pas les causes de la crise (Post-éditions, 2014)

- Norbert Trenkle, Le travail à l'ère du capital fictif (2015)

- Norbert Trenkle et Ernst Lohoff, Sur l'immense décharge du capital fictif

- Ernst Lohoff, Kapitalakkumulation ohne Wertakkumulation. Der Fetischcharakter der Kapitalmarktwaren und sein Geheimnis in Krisis, 1, 2014. 

- Ernst Lohoff, Auf Selbstzerstörung programmiert. Über den inneren Zusammenhang von Wertformkritik und Krisentheorie in der Marx‘schen Kritik der Politischen Ökonomie (Krisis, 2, 2013)

- Peter Samol, Michael Heinrichs Fehlkalkulationen der Profitrate (Krisis 1/2013)

- Robert Kurz, Geld ohne Wert. Grundrisse zu einer Transformation der kritik der politischen Ökonomie (Horlemann, 2012). 

- Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme. Chroniques de la crise, Lignes, 2011. 

Robert Kurz, The Crisis of Exchange Value: Science as Productivity, Productive Labor, and Capitalist Reproduction (1986)

- Claus Peter Ortlieb, A Contradiction between Matter and Form: On the Significance of the Production of Relative Surplus Value in the Dynamic of Terminal Crisis (in Exit !, 2008)​. 

Ernst Lohoff, Off Limits, Out of Control: Commodity Society and Resistance in the Age of Deregulation and Denationalization (2009)

Norbert Trenkle, Struggle without Classes: Why There Is No Resurgence of the Proletariat in the Currently Unfolding Capitalist Crisis (2006)

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